Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE / Le Mudac prône une mode graphique

Un fil à l'endroit. Un fil à l'envers. La couture, ça va et ça vient. Il semble, de nos jours, que les changements soient surtout géographiques. Après le règne français, d'une longueur louis-quatorzienne, les Italiens ont déboulé en force dans les années 1970, faisant de Milan la capitale mondiale de la mode. Puis la tendance a été aux Anglais. John Galliano pilotait Dior, Alexander McQueen Givenchy. Tout ça a mal fini. Galliano a été expulsé du paradis Dior à cause de ses injures antisémites. Plus tristement, McQueen s'est suicidé après la mort de sa mère. 

Les Espagnols n'ayant jamais réussi leur percée internationale en dépit d'Adolfo Dominguez, la vague se révèle aujourd'hui néerlandophone. Les boutiques de Dries van Noten sont partout et Walter van Beirendonck comme Paul Boudens pointent le nez. Viktor & Rolf ont, eux, obtenu le statut de véritables artistes, ce qui semble justice. Ils étaient parfaitement à leur place au Musée des Arts décoratifs de Paris, alors qu'on se demande par quelle magie autre que l'argent Dries van Noten vient d'y entrer pour une exposition printanière.

Anvers, la ville du moment

Pas étonnant que le Mudac lausannois, qui a développé des accointances parfois inquiétantes avec les pays du Nord (enfin, du Sud du Nord), présente aujourd'hui un "Couture graphique" se situant entre Amsterdam, Louvain et surtout Anvers, "la" ville où il faut aujourd'hui créer ses chiffons. La commissaire José. Teunissen décline la chose sous forme de chapitres. Il y a donc "La mode comme œuvre graphique", "Mode et graphisme", "Le T-shirt comme pamphlet" ou "Mode, technologie et le futur". Si les vêtements paraissent informes, ils n'en devraient pas moins se voir coupés au laser dans les textiles de l'avenir . 

Il faut abandonner ici non pas tout espoir, comme en entrant dans "L'Enfer" de Dante, mais toute idée d'élégance classique. Nous ne sommes pas du côté d'Alaïa, mais proches de la rue, du virtuel, du graffiti, du rap, des influences ethniques et des slogans politiques. L'idée devient moins de faire beau que nouveau. Provoquant. Personnel. Mais attention! Toujours personnel à la manière de quelqu'un d'autre. Il s'agit tout de même de mode, même si l'on s'écarte parfois de l'univers trop futile de la "fashion".

Les écoles de Bâle et de Genève représentées 

Devant tant de laideur et de prétention, seule une adhésion totale ou un rejet complet se révèlent possible. Je tendrais plutôt dans la seconde direction, d'autant plus que, cerises mal confites sur un gâteau particulièrement sec, la HEAD genevoise et le Doing Fashion Institute de Bâle ont été invités. Il suffit de lire le discours de Luca Marchetti, Master en design de Mode et Accessoires à la HEAD, pour comprendre que nous restons dans le domaine du lourdement expérimental. On ne se veut pas modeste ici... 

La présentation se fait bien sûr dans des salles recouvertes de mots sprayés (mais par Paul Boudens, tout de même!). Il y a quelques défilés filmés, avec des mannequins faisant la gueule en exhibant leurs genoux cagneux. Elles ont presque l'air de naines face au garçons. Pour s'habiller van Beirendonck, les hommes ont avantage à mesurer au moins deux mètres.

Pratique

"Couture graphique", Mudac, 6, place de la Cathédrale, Lausanne, jusqu'au 9 juin. Tél. 021 315 25 30, site www.mudac.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Photo (DR): Les salles du Mudac, sprayées par Paul Boudens.

 

De l'évolution dans la mode, vue par Darwin fils

L'hérédité joue son rôle, surtout quand on s'appelle George-H Darwin est qu'on est le fils de Charles. Scientifique éminent, le premier a décidé d'appliquer, dans un petit article paru en 1872,  la théorie de l'évolution paternelle au vêtement masculin. Et ça marche! Ici aussi, des tendances apparaissent, puis disparaissent, non sans subsister longtemps sous forme de vestiges. Il y a ainsi des poches ne servant plus à rien, mais qui rappellent d'antiques fonctions. "La coiffe de l'évêque témoigne de la transition depuis le tricorne jusqu'à notre actuel haut-de-forme convexe." 

Evidemment, les modes pour hommes ont bien changé depuis le règne de Victoria. Ce petit texte n'en garde pas moins sa pertinence et son impertinence. Les éditions Allia ont eu bien raison de le reprendre, généreusement illustré. Le lecteur voit ainsi de quoi il retourne. 

Pratique 

"L'évolution dans le vêtement", de George-H. Darwin, traduit par Claire Debru, aux Editions Allia, 48 pages.

Prochaine chronique le jeudi 27 mars. Le Kunsthaus de Zurich montre les connexions entre fauves français et expressionnistes allemands vers 1910.

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