Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Le buffet de la gare a fermé. Ouf, il est en partie classé!

On était prévenus. C'est aujourd'hui chose faite. Ouvert le samedi 15 avril 1916, en même temps que la superbe gare dessinée par l'architecte carougeois Alphonse Laverrière (1872-1954), le buffet a fermé ses portes le mercredi 30 décembre 2015. Nous restons dans la logique des choses. Ces véritables institutions tendent partout à disparaître. Les gares sont aujourd'hui supposées servir de centre commerciaux. Il suffit de voir Cornavin, à Genève, dont le buffet (il en subsiste quelques cloisons, laissées comme «témoins») était de Percival Pernet. Le décorateur l'avait imaginé à l'aube des années 1930. De lourdes rénovations ont transformé à Cornavin les espaces disponibles en une galerie de boutiques et de supermarchés, échappant par leur emplacement aux contraintes horaires légales. C'est tout juste si les trains y passent encore en arrière-fond. 

Les journaux lausannois se sont comme de juste intéressés aux aspects sociaux de l'actuelle fermeture. Rappelons qu'ils sont doubles. Il y a un abandon des habitués, qui appréciaient le cadre d'époque, le personnel parfois présent depuis des décennies et l'absence de musique, devenue un peu partout une forme de pollution sonore. Il y a surtout le mépris du personnel, jeté à la rue, avec la brutalité coutumière des Chemins de fer fédéraux (CFF). Il suffit de penser à la manière dont le géant ferroviaire pensait détruire une partie du quartier des Grottes, à Genève, pour juste s’agrandir. Il y aurait ainsi, selon les sources, entre 70 et 84 laissés pour compte à Lausanne.

Réouverture dans trois ans 

Bien sûr, le buffet ne disparaîtra pas tout à fait, comme ce fut le cas à Berne ou à Bâle. M'est avis cependant que les CFF auraient bien voulu. On parlait déjà d'en utiliser les surfaces, dans les années 1990, quand une grande partie de la gare avait été restaurée (avec deux mystérieux incendies). Aujourd'hui, le chargé de communication de la compagnie Jean-Philippe Schmidt explique que les fresques (en fait des toiles marouflées) et le décor de bois Art Déco seront «bien sûr conservés». Mais ce n'est pas par amour du patrimoine, ce que ce monsieur ne précise pas. Ils sont protégés, inscrits et donc indestructibles. Il faut dire que le local n'a pratiquement pas bougé depuis l'origine, à l'exception des luminaires (et des portraits des conseilleurs fédéraux vaudois, de Paul Chaudet à Jean-Pascal Delamuraz). 

Dans trois ans (c'est long, pour un buffet!), le lieu rouvrira donc, avec une autre direction. L'actuelle a jeté l'éponge. Il faut probablement s'attendre à un Starbucks ou à un McDo. La première des deux multinationales a repris, il y a déjà bien des années, le buffet de Saint-Gall. Elle a un pied dans les wagons-restaurants depuis 2013. McDo a fait, lui aussi, un essai de wagon-restaurant (particulièrement odorant) en 1993. Que voulez-vous? Le monde change. Il tend surtout à se refroidir. Toute convivialité à l'ancienne s'évanouit, à commencer par les vieux cafés et les restaurants populaires traditionnels (on n'a pas remplacé Harry-Marc, rue de Carouge à Genève).

Mobilier à vendre 

Un dernier mot. Les amateurs pourront emporter une partie du mobilier et de la vaisselle du lundi 4 au mercredi 6 janvier. La vente s'effectue sur place. Notons que les chaises et les tables ne sont pas d'origine, comme en témoignent des photographies anciennes. Il n'y aura donc pas le saccage qu'a récemment connu «Le Train bleu» à la Gare de Lyon parisienne. Là, tout le décor était classé, mais pas le reste. Comme par vengeance de devoir conserver l'un des chefs-d’œuvre décoratifs des années 1900, la direction a mis à l'encan les meubles. Elle a récolté, à la fin, des sommes dérisoires...

P.S. Je vous ai ici parlé là du buffet de première classe. Celui de seconde classe a été cassé à la fin des années, afin d'en faire le Café Freeport. Lui a fermé définitivement ses portes le 30 décembre. Il sera remplacé par une Coop. Qu'est-ce que vous disais...

Photo (DR): Le buffet lausannois, vers 1920. Il y a juste eu quelques aménagements depuis, dans la partie droite, au niveau des cuisines.

Texte intercalaire.

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