Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/L'Elysée propose une Suisse étrangement familière

Crédits: Simon Roberts/Musée de l'Elysée, Lausanne 2017

Il aura fallu l'occasion voulue pour que l'opération ait lieu. Les 100 ans de SwissTourism ont permis à l'Elysée de montrer une Suisse «étrangement familière». Cinq photographes étrangers ont été amenés à porter leur regard sur notre pays. Notons qu'il ne s'agit pas d'une première. En 1991, pour les 700 ans de la Confédération suisse, le "musée pour la photographie" s'était déjà déployé, notamment à Fribourg. Parmi les images retenues, il y en avait déjà beaucoup d'artistes étrangers venus porter sur l'Helvétie des regards supposés neufs. 

Cette fois, l'Elysée a collaboré avec la Fondation Suisse, vouée au 8e art. Je vous en parle de temps en temps. Aujourd'hui logée au Fotomuseum de Winterthour après avoir connu une vie un peu étouffée au Kunsthaus de Zurich, la Fotostiftung se voue à la photo suisse ou faite en Suisse. Elle propose ses propres expositions, menant ainsi une vie autonome par rapport au Fotomuseum. La Fondation recueille par ailleurs des archives de photographes, ce qui la fait soit dit entre nous entrer en compétition avec L'Elysée. Il y a ainsi des curiosités. La Vaudoise Henriette Grindat se retrouve outre Sarine tandis que René Burri est en dépôt sur les bords du Léman.

Cinq regards extérieurs 

Mais revenons à «Etrangement familier». Il a fallu pour réunir les cinq lauréats procéder à une prospection tenant compte de la géographie comme des talents envisagés. Il n'était plus possible de faire sans la Chine, comme en 1991. Cette dernière représentée par Zhong Xiao, pour qui tout semblait ici nouveau. «Il a un peu vu la Suisse comme une immense aire de jeu», constate Peter Pfunder, à la tête de la Stiftung. C'est lui qui a assuré le commissariat avec Tatyana Franck, directrice de l'Elysée, et Lars Willumeit, indépendant. C'est sans doute la participation la plus libre, la plus insolite, la plus joyeuse et la plus dégagée des conventions. Car attention! Si l'exposition entendait éviter les clichés nationaux, elle a subi de manière massive l'effet boomerang. Il y en a partout!

Le plus évident de ces chocs en retour est dû au britannique Simon Roberts. L'homme a photographié en train de photographier des touristes sur les points de vue les plus courus des étrangers. Je dis bien les «étrangers». J'avoue humblement ne jamais être allé sur ces sites sublimes (au sens que l'on donnait à ce mot au XVIIIe siècle). L'Anglais a ajouté à son œuvre une dimension ludique et participative. Par ordinateur, le spectateur peut voir combien d'images analogues existent sur la Toile. Elles ne se révèlent souvent pas pires que les siennes. C'est là le concept. Passons. L'Allemande Eva Leitholf a agi de même en brouillant les images projetées dans des caissons sur le thème de la frontière. Elles font face aux textes kilométriques de la dame. Quand je dis que tout cela me semble germanique au possible, Peter Pfunder fronce les sourcils. Peu importe! A propos de la Suisse, il n'existe pas de thème plus galvaudé que celui de frontière, et par là de forteresse.

Theo Frey revisité 

Shane Lavalette, qui vient des Etats-Unis, a travaillé sur un des grands fonds de la Stiftung, celui de Theo Frey. L'Alémanique avait été invité, pour l'Exposition nationale suisse de 1939 (La «Landi» de son petit nom) à effectuer des reportages dans douze villages. Shane y est retourné, sans avoir pour objectif de refaire telles quelles un certain nombre d'images. Qu'en penser? C'est intéressant, comme on dit quand on se montre dubitatif et qu'on n'ose pas trop le déclarer. Mexicaine, Alinka Echeverria a enfin portraituré la jeunesse en Suisse. Plutôt épanouie. «C'était passionnant pour elle de voir la part de liberté et de spontanéité subsistant dans un pays qu'elle voit si sûr et si ordonné.» En se promenant un peu plus, Alinka aurait pu avoir de ce côté-là des surprises, même si Zurich n'est pas Mexico. 

Voilà. Correctement mis en scène, l'ensemble intéresse sans vraiment passionner. Il offre moins de révélations que de confirmations. L'exposition contient peut-être trop d'idées et de théories, avec ce que ces dernières peuvent posséder de cérébral. On a souvent envie de dire aux jeunes débutants qu'il faudrait moins de prises de crâne et davantage de photographie. Mais la chose ne vaut pas que pour le 8e art! Cela dit, l'expérience actuelle méritait de se voir tentée.

Pratique 

«Etrangement familier», Musée de l'Elysée, 18, avenue de l'Elysée, Lausanne, jusqu'au 7 janvier 2018. Tél. 021 316 99 11, site www.elysee.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (Musée de l'Elyséee, Lausanne 2017): Un des points de vue préférés de touristes vu par Simon Roberts.

Prochaine chronique le mercredi 8 novembre. Vienne archéologique. Mais attention! Vienne en France.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."