Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/L'Elysée nous montre Lartigue en couleurs. Quel bonheur!

Crédits: Fondation Jacques-Henri Lartigue/Musée de l'Elysée, Lausanne 2018

L'exposition vient de Paris. Je vous en avais parlé alors qu'elle se trouvait à la Maison européenne de la photographie. Elle a été adaptée pour l'Elysée sur un concept de Martine d'Astier et de Martine Ravache. L'idée demeure en fait simple. Il s'agit de montrer les images en couleurs d'un homme connu pour celles qu'il a faites en noir et blanc. Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) s'est pourtant laissé séduire par l'Autochrome, puis le Kodachrome et l'Ektachrome. S'il ne subsiste de lui que 86 plaques sur verre, il a ainsi donné 36 000 «dias» et 6000 «ektas». Autant dire qu'il a fallu trier, puis beaucoup restaurer. Adopter un point de vue aussi. Lartigue recadrait systématiquement quand il tirait sur papier. 

Au sous-sol, le visiteur retrouve donc, en plus pimpant encore, le petit monde de Lartigue. Quelques clichés un peu statiques des années 20 avec Bibi, sa première femme. L'Autochrome exigeait des temps de pose peu dans l'esprit de l'artiste. Puis ce sont les années 50 et 60 en compagnie de Florette, sa seconde épouse. Lartigue surjoue avec l'instantané des rouges, des bleus et des jaunes. Il veut montrer une vie heureuse. Si la fortune familiale s'est alors envolée, il subsiste celles des autres. Nous sommes chez Picasso, avec les Empain, en compagnie des Kennedy, à Mégève ou dans la salle à manger d'Eden Rock. La chose n'empêche pas l'homme de montrer sa maison plus modeste d'Opio, dans les Alpes-Maritimes. Ou même, lors de ses voyages, la quasi misère des quartiers périphériques de Rome. Rien ne changera quand il sera enfin devenu un photographe célèbre en 1963 après sa rétrospective au MoMA et l'hommage de l'hebdomadaire «Life».

Se faire plaisir

L'exposition donne une bouffée de bonheur. Une chose qui se pardonne mal! A la librairie de l'Elysée, je feuillette en sortant un livre sur «Les grands photographes du XXe siècle». Il y manque tous ceux ayant flirté avec le luxe ou la mode. Pas d'Irving Penn! Pas de Richard Avedon! Il faut du vécu et du sinistre, même si nous ne sommes pas à «Visa pour l'image» de Perpignan. Ou alors du super intellectuel. Comme le disait un de mes ex-rédacteurs en chef, il existe bel et bien un «prestige du chiant». Lartigue, lui, a toujours voulu se faire plaisir, parfois non sans égoïsme, comme pendant la guerre. Il ne faut pas oublier non plus que le public feuillette ici un album privé. Seuls, quelques clichés avaient paru avant 1960. Pour vivre heureux vivons cachés, dit l'adage.

Pratique 

«Jacques-Henri Lartigue, La vie en couleurs», Musée de l'Elysée, 18, avenue de l'Elysée, Lausanne, jusqu'au 23 septembre. Tél. 021 316 99 11, site www.elysee.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (Fondation Lartigue/Musée de l'Elysée, Lausanne 2018): La baronne Sylvana Empain dans la piscine.

Ce texte intercalaire complète celui sur l'exposition Dubuffet de l'Elysée.

 

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