Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/L'Elysée montre Martin Kollar, 1er lauréat de son Prix

Crédits: MArtin Kollar, de la série "Provisonal Arrangement", 2016 @ Martin Kollar

«Les images présentées en regard reflètent les dialogues proposés dans l'exposition.» «Les images ne doivent pas être recadrées.» «Merci d'utiliser les légendes indiquées ci-dessous.» Le dossier de presse de l'Elysée tient de la posologie. Mais vous savez comment sont les photographes, surtout quand ils sont encore jeunes. Il existe aujourd'hui un syndrome de l’Oeuvre, avec «o» majuscule, que ne connaissaient pas leurs prédécesseurs. Les grands du 8e art d'avant-guerre voyaient ainsi sans protester leurs créations hachées menu par les maquettistes... 

A-t-on envie dans ces conditions de parler de Martin Kollar, surtout si l'on sait que le cadrage de l'illustration est automatique sur un site de journal? Oui en l'occurrence. D'abord, le Slovaque est le premier lauréat du Prix Elysée. Il faut marquer le coup. Ensuite, son exposition, présentée au sous-sol, tient solidement la route. Non prévue au départ, elle accompagne un joli livre, pour lequel l'artiste pouvait librement choisir son éditeur. MACK de Londres, en l'occurrence. La chose tient du caprice, mais c'est comme ça.

Un Slovaque déjà connu 

Kollar est né en 1971 à Zilina, qui se trouvait alors en Tchécoslovaquie. Autant dire qu'il a grandi sous l'ère communiste. Il a étudié les arts de la scène avant de se muer en cinéaste et photographe. Il ne s'agit pas d'un inconnu. Normal à son âge! Voici enfin un prix ne donnant pas dans le jeunisme. L'homme a ainsi reçu plusieurs bourses, ce qui aide au démarrage. Il a aussi bien été montré à New York qu'à Paris (Maison européenne de la photographie en 2006). Il a également publié. «Provisional Arrangement», titre du livre et de l'exposition actuels, constitue ainsi son cinquième ouvrage. 

Quel était ici le propos? Celui de fixer sur la pellicule (ou ce qui en tient désormais lieu) le provisoire. Jadis rébarbatif, ce mot résume de nos jours le quotidien, qui a perdu toute notion de durée, et a fortiori de pérennité. Les situations montrée par Kollar, qui les a surprises alors qu'il sillonnait les routes européennes grâce à la bourse, semblent donc éphémères. Je dis bien «semble». Nous savons tous qu'il existe beaucoup (et même de plus en plus) de provisoire durable.

Photographie froide

Que voit donc le visiteur, sur les murs de l'Elysée, qui eux-même ne sont pas éternels dans la mesure où le musée partira dans les années 2020 vers la gare? De tout. Un terrain de football en pente symbolisant l'Euro, avec ses marques de terrain sur le sol. Une chaussée de route brisée, à côté d'un pont détruit. Un appartement en cours d'aménagement ou alors de déménagement. Un plafond en train de s'effondrer, dont des gravats encombrent déjà le sol. Le tout en couleurs, certes, mais un peu délavées. Grands tirages, naturellement. On reste ici dans l'univers de la photo d'art froide, si en vogue depuis deux décennies. 

L'ensemble fonctionne plutôt bien. Lydia Dorner, du Musée de l'Elysée, a bien fait son boulot de commissaire. Il manque juste quelques indications. Je sais que c'est voulu. Mais j'aurais quand même bien aimé savoir où, et si possible connaître le pourquoi du comment. De telles indications aideraient grandement à entrer dans les images. Leur absence incite au contraire à quitter assez vite les salles.

Pratique 

«Martin Kollar, Provisional Arrangement», Musée de l'Elysée, 18, avenue de l'Elysée, Lausanne, jusqu'au 31 décembre. Tél. 021 316 99 11, site www.elysee.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. L'institution présente parallèlement le graphiste polonais Wojciech Zamecznik. 

Photo (Martin Kollar): De la série «Provisonal Arrangement», 2016.

Texte intercalaire.

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