Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LAUSANNE/Aldo Bakker propose une "Pause" design de luxe au Mudac

Crédits: Aldo Bakker/courtesy Thomas Eyck 2010/Photo Erik & Petra Hesmerg

Beaucoup de «designers» prennent la pose. Je ne citerai pas de noms. Aldo Bakker, lui, se contente d'une pause. «Pause» est en effet le titre donné par cet artiste hollandais, présent au Mudac jusqu'à la fin avril, à son exposition. Cette dernière vient du Grand-Hornu, un ancien complexe de charbonnages situé près de Mons, en Belgique. Un prêté pour un rendu. L'institution culturelle, avec laquelle le Mudac collabore régulièrement, a repris son «Eloge de l'heure» sous une forme un peu différente. Il faut toujours adapter. 

C'est donc une version légèrement nouvelle de «Pause» que découvrent les Lausannois. L'esprit n'en reste pas moins le même. C'est celle d'un esprit original. Né en 1971 aux Pays-Bas, Aldo Bakker a beau être le fils de deux «designers» néerlandais bien connus, Emmy van Leersum et Gijs Bakker, il a marché à reculons sur leurs traces. L'adolescent n'a pas terminé ses études artistiques. Elles tiennent selon lui du formatage. Il a voulu expérimenter seul, en partant de zéro. C'est ce qui explique sans doute le caractère à la fois épuré et fonctionnel de ses objets. Trop de ses collègues conçoivent en effet des choses inutilisables. Ou alors à ses risques et périls. Essayez donc de manipuler une chose conçue par quelqu'un comme Philippe Starck!

Des formes simples

Ce qui frappe avant tout, dans les objets aujourd'hui présents au Mudac, c'est la forme. Simple. Parfaite. Toujours un peu ronde. Sans jamais de couleurs violentes pour la souligner. Aucun décor abusif. Il faut donner aux gens l'envie de mettre la main. Ou de poser son arrière-train. Il y a en effet là un certain nombre de sièges, à la silhouette parfois audacieuse. Si je m'assiérais sans hésiter sur le tabouret «Ushiri Tonus» de 2014, le «Swing» de la même année me semble en revanche un peu acrobatique. Ce swing endiablé pourrait bien vous envoyer valser... 

Aldo Bakker roule pour lui, ce qui paraît normal. Son talent se voit cependant reconnu par les firmes et manufactures les plus prestigieuses. J'ai noté Sèvres, qui se livre par ailleurs parfois à des tentatives contemporaines malheureuses. Il y a aussi le fabricant d'argenterie Puiforcat à Paris. Karakter et Georg Jensen à Copenhague. Swarovski en Autriche. Des maisons spécialisées dans le luxe. C'est sans doute cela qui explique aussi une certaine discrétion. Le vrai luxe ne se veut pas tapageur.

Mise en scène discrète 

Sobre, aérée, légère, la mise en scène se veut elle aussi discrète. Elle met en valeur. Le parcours invite du coup à une visite lente. Comme il existe en Italie le mouvement «slow food» pour répondre au «fast food», certaines expositions se veulent méditatives. C'est ici le cas.

Pratique

«Pause, Aldo Bakker», Mudac, 6, place de la Cathédrale, Lausanne, jusqu'au 30 avril. Tél. 021 315 25 30, site www.mudac.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Le musée présente par ailleurs une carte blanche à David Bielander.

Photo (Erik & Petra Hesmerg): "Soy Pourer" de 2010. Un objet doux dans la main.

Texte intercalaire.

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