Berenice Magistretti

EXPERTE DE L'ENTREPRENEURIAT ET DES STARTUPS

Après avoir obtenu un Bachelor en Relations Internationales de la London School of Economics, Bérénice a suivi avec un Master en Langue et Civilisation Française à la New York University sur le campus de Paris. Vu sa passion pour l’écriture, elle a travaillé comme rédactrice au sein de plusieurs publications, notamment le International Herald Tribune et L’Officiel Paris. Elle fait aussi partie du Young Advisory Committee de la Fondation Internationale pour la Population et le Développement, une ONG suisse qui finance des projets soutenant les femmes et les jeunes dans les pays en voie de développement. Quand elle n’écrit pas, Bérénice explore les quatre coins du monde: de l'Antarctique à l'Arabie Saoudite, en passant par Le Cap et Beyrouth, elle découvre le monde petit à petit!

Lancer sa startup en Arabie saoudite

Au-delà du conflit qui l'oppose actuellement à l'Iran, penchons-nous sur l'écosystème entrepreneurial de l’Arabie saoudite. Le pays dépend économiquement du pétrole depuis des décennies. En effet, ce secteur représente environ 80% de ses revenus budgétaires, 45% du PIB et 90% des recettes d’exportation. Cependant, en 2012, le Royaume d’Arabie saoudite a annoncé sa « stratégie nationale pour une diversification de l’économie » qui devrait aboutir en 2030. Au travers de cette initiative, le pays tentera de diversifier son économie en développant de nouveaux secteurs du marché domestique, ce qui, à terme, réduira sa dépendance du pétrole.

Plusieurs initiatives ont déjà été lancées dans la partie Ouest du pays, connue comme « le couloir de connaissance du futur ». Des grandes universités aux « economic cities », en passant par un port ultramoderne et une nouvelle ligne de train reliant La Mecque, Médine et Djeddah, l’Ouest du Royaume est en train de devenir un hub d’innovation.

Une institution en particulier soutient l’innovation: King Abdullah University of Science and Technology (KAUST). Créée en 2009 par l’ancien roi Abdullah Bin Abdulaziz Al Saud, l’université accueille des chercheurs et des étudiants de plus de 100 nationalités sur son campus mixte (hommes et femmes). Leur mission est simple: faire progresser la science et la technologie au travers d’une recherche innovante, intégrée dans la formation post-graduée.   

Un des départements clés de KAUST est le « Innovation and Economic Development Department ». Ce Département encourage les collaborations avec le secteur privé et comporte un bureau de transfert de technologie, un centre d’entrepreneuriat et un parc de recherche et de technologie, qui visent à maximiser la contribution de KAUST à la diversification économique du pays. Le département soutient aussi des startups saoudiennes au travers de son « Innovation Fund » qui investit jusqu’à $2 millions dans les startups high-tech.

Afin d’augmenter l’envergure des opérations de financement d'entreprises gérées par l'université, KAUST est en train d’établir un fond de venture capital basé en Arabie saoudite en collaboration avec le Islamic Corporation for the Development of the Private Sector (ICD) et Anfaal Capital. Le fond, baptisé Beacon I Fund, vise à promouvoir et favoriser le développement du marché du venture capital en Arabie saoudite.

Il y a décidemment une nouvelle vague d’intérêt dans le monde du venture capital en ce qui concerne le Moyen-Orient. En effet, la société « 500 Startups » basée à la Silicon Valley met en place un fond axé « tech » dans le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, d’une valeur de $30 millions. Ce fonds envisage d’investir initialement $75,000 dans les startups émergentes de la région, rejoignant d’autres investisseurs de renom comme Oasis500 en Jordanie et Flat6Labs en Egypte. Mais contrairement à ces fonds qui ont tendance à se concentrer sur des secteurs comme l'e-commerce et les réseaux sociaux, le Beacon I Fund vise des secteurs comme l’énergie renouvelable et la désalinisation de l’eau, qui représentent des domaines stratégiques pour la région.

Le venture capital est une option logique pour l’Arabie saoudite car il s’agit d’un moyen efficace d’identifier de nouvelles technologies et de lancer de nouveaux business. Néanmoins, pour l’instant, les PME dans le Royaume contribuent moins de 20% à l’économie domestique, contrairement à d’autres pays industrialisés où le pourcentage peut aller jusqu’à 70%. Il est donc nécessaire d’investir dans ce potentiel inexploité qu’est l’entrepreneuriat afin de stimuler l’économie du pays et le marché de travail.

Il y a déjà quelques startups saoudiennes qui prennent leur envol. FalconViz est un exemple. Lancée en début 2015, cette startup a élaboré un système 3D de balayage et de modélisation incorporé dans un drone pour la planification urbaine et rurale. FalconViz a déjà obtenu un premier soutien de $205,000 de KAUST où elle est basée. Un autre exemple est NOMADD, aussi basée à KAUST. L’équipe est en train de peaufiner une technologie écologique pour éliminer l’accumulation de sable sur les panneaux solaires dans le désert, un problème important pour le développement de l’énergie solaire. Elle vient d’obtenir $1 million en financement et attire l’attention d’autres investisseurs.

Bien que ces projets d’innovation soient encourageants, il ne faut pas oublier que l’écosystème entrepreneurial en Arabie saoudite est encore très jeune et peu développé: l’incorporation des entreprises est compliquée, le flux de startups est limité, il y a très peu de fonds de venture capital, les sorties sont rares et les régulations gouvernementales sont souvent compliquées. Investir dans le pays n’est pas une tâche facile. Mais avec l’aide d’entités telles que le Saudi Arabian General Investment Authority (SAGIA) et des initiatives comme le Beacon I Fund, les Saoudiens espèrent diversifier petit à petit leur économie. Qui sait, les investisseurs étrangers commenceront peut-être à voir au-delà du pétrole et à identifier des investissements fructueux…  

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