Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

La zone de libre-échange européenne peut-elle résister à un Grexit?

Nous pourrions estimer que la crise grecque a atteint son paroxysme après l’échec des négociations lors de l’Eurogroup le 24 avril dernier. Le défaut technique n’est plus qu’à quelques encablures, mais le gouvernement de Tsipras semble avoir acheté du temps avec le décret transférant (ou siphonnant…) les liquidités des caisses régionales au profit de la Banque centrale.

En fait, fin juin et le mois de juillet représentent la vraie échéance avec plus de 6Mds€ à rembourser. Ce mur ne sera franchi que par la résolution de cette crise, à moins que la zone euro s’y fracasse…

La Grèce doit choisir entre payer ses dettes, et tenter l’obtention d’une aide, ou aller au défaut et obtenir un « haircut » sur sa dette… Le premier choix va à l’encontre du programme de Tsipras, pour lequel il a été élu, tout en augmentant encore le poids de la dette. Le second choix mettra la Grèce au banc de l’Europe, mais avec une dette réduite. Si le second choix semble risqué pour tout le monde, je vous propose de regarder le cas de la Hongrie.

J’ai souvent parlé de ce pays, et en particulier dans mes derniers GMG et dans mon dernier post. Poutine a essayé d’utiliser ce pays pour établir le débouché de son pipeline Turkish Stream, et nous allons beaucoup en entendre parler dans les mois à venir. La Hongrie n’a pas rejoint la zone Euro et sa devise, le Florin, a perdu beaucoup de sa valeur. De nombreux Hongrois avaient contracté des prêts immobiliers en Euro, Yen et Franc Suisse. La chute de leur monnaie a déclenché une vague de saisies par les banques. Devant cette catastrophe sociale, le gouvernement hongrois a décidé unilatéralement que ces dettes seraient remboursées en Florin… Ce ne fut pas le premier gouvernement à opter pour cette solution, mais ce fut le plus radical, malgré les jérémiades de l’Europe.

Cet événement pourrait être source d'inspiration pour la Grèce. Athènes pourrait imprimer de nouveau des Drachmes et imposer le remboursement de sa dette avec cette monnaie…

J'ai toujours pensé qu’un Grexit était peu probable, tant les conséquences politiques pourraient être dévastatrices, avec la Russie en arrière-plan. Mais si la Troïka lâche la pression, l’effet de contagion pourrait toucher d’autres pays tel que l’Italie, qui par le poids de sa dette au niveau mondial, ferait imploser le système. Alors que le FMI semble avoir érigé en dogme le sacrifice lors de ces plans de sauvetage à travers le monde, un effet boomerang inattendu pourrait se faire sentir.

Pour ceci, il faut remonter en 1817 et la théorie classique économique de David Ricardo. La théorie des avantages concurrentiels est l’inspiration des zones de libre-échange. L’Europe est devenue ce qu’elle est, en grande partie en raison de la mise en place d'une zone de libre-échange entres ses membres. La théorie de David Ricardo tend à montrer que dans une telle zone, les bénéfices entre les pays sont mutuels car chacun se spécialise selon son plus grand avantage concurrentiel (en simplifiant à l’extrême).

C’est très joli sur le papier, mais, comme beaucoup de théories économiques, il manque une dimension pour se rapprocher de la réalité. Or, dans ce cas, la dimension est le temps. En effet, cette belle harmonie constructive commence à se fissurer si des pays, pour diverses raisons sociologiques et économiques, vont plus vite que leurs voisins… A ceci vient se greffer la redistribution des richesses au sein de chaque pays, dont la répartition et la vitesse dépendent de beaucoup de paramètres distincts. De plus, la concurrence existe souvent au sein d’un même pays, ce qui le force à se focaliser sur ses seuls objectifs. 

L’Allemagne, par son réalisme économique, par le support à sa reconstruction dans les années 50 et par les sacrifices lors de la réunification, est centrée sur ses propres avantages concurrentiels et sa position dominante en Europe. Cette situation s’auto-entretient d’ailleurs. Les exportations sont devenues l’Avantage Concurrentiel du pays. Elles représentent 50% de son PIB, dont la moitié inonde la zone de libre-échange européenne.

Mais si la Grèce venait à sortir de la zone euro, nous reparlerions de droits de douanes avec un risque de contagion pouvant faire imploser la zone de libre-échange européenne. A ceci pourrait s’ajouter une implosion sociale en Grèce dont l’onde de choc serait difficilement maîtrisable.

Ainsi l’Allemagne, mais aussi les autres pays de la zone euro, pourraient subir un effet boomerang de la sortie de la Grèce. C'est ce que j'appelle l'effet contagion.

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