<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La vie privée, c’est fini

Nous aurions dû mieux écouter Mark Zuckerberg il y a deux ans quand le fondateur de Facebook annonçait la fin de la vie privée. On lui opposait alors le risque de l’avènement d’une dictature insupportable qui n’était non seulement pas près d’arriver mais contre qui tous les citoyens s’opposeraient. Deux ans plus tard, Facebook a changé la face du monde en rendant possible le Printemps arabe où se sont mêlées les aspirations intimes des jeunes générations et l’urgence publique d’un changement de régime politique. Surtout, la définition du privé n’a cessé de muter grâce aux réseaux sociaux. Tous les Facebook et les WikiLeaks du monde ont accéléré la confusion des genres et l’idée que nous ne sommes plus qu’une seule et même personne, que vous vous appeliez Bolomey ou Ben Ali.

Fini le personnage public vertueux dont on tolérait auparavant les vices privés. Il n’y a plus de cour et de jardin, et les habitations des puissants, au sens propre comme au sens figuré, n’ont jamais été autant de maisons de verre qu’aujourd’hui. Avant 2004 (date de fondation de Facebook), il y a de fortes chances que les affaires DSK, Mark Muller ou Philipp Hildebrand ne seraient jamais sorties. Même si dans aucun de ces cas les réseaux sociaux n’ont été les instruments qui ont permis des révélations, ces derniers ont au préalable fait sauter toute une série de verrous qui permettent au privé de faire irruption sur la scène publique. Et à M. Tout-le-monde de peser dans le débat immédiat.

Les infos n’ont en effet jamais circulé aussi vite, elles ne passent désormais plus par le filtre qui retenait auparavant les affaires intimes, et le nombre de tweets sur un thème décide de ce qui va ouvrir le TJ du soir. Nafissatou Diallo n’aurait à l’époque pas porté plainte, dissuadée par ses patrons de l’hôtel new-yorkais où elle travaillait, Mark Muller aurait négocié un accord discret avec le barman du MAD, et Philipp Hildebrand aurait peut-être pu s’arranger des errements de son épouse si à chaque fois la tempête relayée par les médias n’avait pas tout emporté sur son passage. A tout cela, votre doctorat, votre brevet d’avocat ou votre MBA  ne vous a pas préparé, il faut donc lire notre dossier en page 32.

Nos banquiers suisses sont, eux aussi, emportés par le changement d’époque depuis que «la vie privée n’est plus une norme sociale», selon le mot de Mark Zuckerberg en janvier 2010. En deux ans, Facebook a doublé de taille avec désormais plus de 800 millions de membres quand le secret bancaire, lui, a fini par disparaître. La raison, il n’y en a finalement qu’une seule, c’est que la fin de la vie privée a jeté une lumière crue sur le fonds de commerce des banques suisses, l’évasion fiscale. Là aussi, un «petit gars» issu de la technologie a des choses à nous apprendre, mais cette fois-ci, il est bien de chez nous: Marc Bürki, le cofondateur de Swissquote, s’exprime  en page 40, et il faut le lire pour comprendre l’avenir (rose, si, si, on vous assure) de la place financière.

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