Bennaim Yves

FONDATEUR DU THINK TANK 2B4CH

Yves Bennaïm est un pionnier du web qui est actif en ligne depuis 1992. Affichant 25 ans d'expérience dans les technologies digitales, le Genevois se profile aussi comme un expert en cryptomonnaies. Il a été chef de la délégation d'experts pour la Suisse au comité ISO de standardisation des technologies blockchain et grands livres distribués. Ce geek de la première heure est encore fondateur du think tank 2B4CH pour la promotion de Bitcoin et de la technologie blockchain en Suisse. A suivre sur Twitter: @ZLOK

La valeur de Bitcoin? Des cerveaux frais de bébés

Les quolibets continuent de pleuvoir contre Bitcoin, et ils rivalisent tellement de créativité et d’exagération, qu’on se croirait sur la Canebière de Marcel Pagnol.

Cette fois, c’est Charlie Munger, le nonagénaire milliardaire et associé de Warren Buffett chez Berkshire Hathaway, qui s’emballe dans un entretien
 lundi avec Yahoo Finance (xoxi.net/munger).

Il y explique que son absence de valeur intrinsèque peut entraîner une spéculation artificielle “anti-sociale, stupide et immorale” comparable à “gagner beaucoup d’argent en trafiquant des cerveaux de bébés fraîchement récoltés”.

Face à de telles hyperboles, les propos de Buffett tenus à peine deux jours plus tôt font pâle figure, alors qu’il déclarait que Bitcoin était “probablement de la mort-aux-rats à la puissance carrée.” Il précisait: “Nous n’en possédons pas. Nous n’avons pas de position courte. Nous n’aurons jamais aucune position en Bitcoin.”

Et son ami Bill Gates, dont je décortiquais il y a peu les exagérations dans cette colonne, de rajouter, mais en prenant étonnamment le biais inverse. “Je vendrais Bitcoin à découvert s’il y avait une manière facile de le faire”, pour montrer à quel point il anticipe une chute proche. “C’est un actif qui ne produit rien, donc il ne faut pas s’attendre à ce qu’il monte.” Selon lui, c’est un parfait exemple de “la théorie du plus idiot”, où l’on achète uniquement dans l’espoir de revendre ensuite à quelqu’un de plus naïf que soi. Bref, une bulle purement spéculative (
xoxi.net/gates-short-btc).

Si on met de côté qu’il est facile de “shorter” Bitcoin au CBOE (la principale bourse d’option américaine), et qu’on ignore les railleries emphatiques des trois milliardaires, on arrive à distinguer le vrai sujet du débat: une interprétation de la notion de “valeur”, et plus spécifiquement celles de Bitcoin et de la Blockchain qui lui est associée.

Comment calculer la fameuse “valeur intrinsèque” de quelque chose?

Prenons par exemple l’eau. Indispensable à la vie, sa valeur est infiniment élevée pour une personne sur neuf dans le monde qui n’a pas accès direct à de l’eau potable. Pourtant, en occident, les campagnes de sensibilisation visant à diminuer son gaspillage et sa pollution semblent indiquer le contraire. Le commerce de l’eau en bouteille est en plein essor globalement, alors que chez nous l’eau du robinet est trop souvent boudée, bien que saine et quasi gratuite. Et le prix d’une même bouteille varie selon qu’on l’achète au supermarché ou dans un aéroport.

Il est difficile d’avoir une “valeur intrinsèque” précise et universelle, et on peut en déduire que c’est un concept qui n’existe pas vraiment, et est lié au contexte et à des variables complexes.

Parmi elles, la rareté. Non pas celle des bitcoins, mais plus pragmatiquement celle des talents qui contribuent à la valeur du réseau.

Ce n’est pas unique à Bitcoin, ou à une technologie en particulier, mais ça s’applique à toutes les industries. Ce n’est pas par hasard que ce billet mentionne Bill Gates et Warren Buffet. Ce n’est pas non plus par hasard qu’ils s’expriment sur le sujet dans les médias. Leur opinion est écoutée parce qu’on reconnait leur passé et leur talent, et on sait comment ils ont dirigé leurs entreprises vers le succès et la fortune. Avant de devenir un conglomérat international, Berkshire Hathaway était une entreprise de textile en perte de vitesse. Inutile aussi de rappeler le parcours exceptionnel de Microsoft. La “valeur intrinsèque” de ces entreprises, c’est justement eux, et les talents dont ils ont su s’entourer.

Difficile à quantifier, la valeur de Bitcoin n’en reste pas moins réelle. Et bien qu’elle attire les spéculateurs, elle n’est pas purement spéculative, car elle repose sur une technologie solide et révolutionnairement nouvelle, dont les applications et les potentiels sont encore à définir et à identifier. Elle reflète une nouvelle industrie en phase avec son siècle dont les acteurs commencent à peine à émerger.

Négliger les technologies de Bitcoin et de la Blockchain aujourd’hui équivaudrait à sous-estimer l’impact de la révolution informatique en 1970. Rappelons que Gates a fondé Microsoft en 1975.

Petit à petit, des noms nouveaux apparaissent, et des entreprises établies les rejoignent, pour former une économie complexe.

Lundi, Goldman Sachs annonçait démarrer dans les “prochaines semaines” le courtage de produits financiers liés au Bitcoin (
xoxi.net/goldman-sachs-bitcoin). Pour ce faire, Justin Schmidt, ancien trader de hedge fund, vient d’être recruté par la firme et nommé responsable des marchés d'actifs numériques. Ironie, Goldman Sachs est détenue à 7,6% par Berkshire Hathaway.

Toujours cette semaine, David Marcus ancien président de PayPal et Vice President de la messagerie chez Facebook, annonçait créer et prendre la tête d’un “petit groupe qui explorera comment exploiter au mieux la Blockchain pour Facebook”. On savait déjà que Marcus s’intéressait au sujet depuis qu’il avait rejoint en décembre dernier le conseil d’administration de Coinbase, une des plus importantes plates-formes d’achat et vente de Bitcoin aux États-Unis.

Coinbase, qui a justement racheté pour USD 100 millions en avril dernier une autre “start-up” très liée au développement de Bitcoin, Earn.com, afin de récupérer son CEO Balaji Srinivasan et le placer comme Chief Technology Officer.

Quelques exemples de nouvelles parmi de nombreuses autres qui viennent se bousculer en première page des médias spécialisés et grand public, et qui illustrent bien que la “valeur” de Bitcoin n’est pas son cours par rapport au dollar US, mais au contraire la prise de conscience grandissante du poids de cette technologie.

Et le prix de Bitcoin, tout comme les actions d’une société, n’est que la conséquence de la confiance accordée aux acteurs de cette industrie.

J’attends vos commentaires via twitter @ZLOK (https://twitter.com/zlok).

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