Bertrand Saillen

PRÉSIDENT DU SWISS WEB PROGRAM FESTIVAL PRÉSIDENT DU CONSEIL D'ADMINISTRATION ET CEO DE MEDIAPROFIL SA

Bertrand Saillen débute ses études en Valais dans l'hôtellerie et le tourisme. Sa passion pour l'audiovisuel et plusieurs opportunités l'attirent rapidement sur les bords du Léman. A 22 ans, il obtient un brevet fédéral de planificateur en communication de marketing au SAWI à Lausanne. Dès 2003, il rejoint la société Mediaprofil à Vevey dans laquelle il exerce le rôle de producteur. En 2009, il est nommé directeur de Mediaprofil et en 2013 il reprend la présidence du Conseil d'administration de cette société de production audiovisuelle veveysanne forte aujourd'hui d'une vingtaine d'employés. Mediaprofil est aujourd'hui une des sociétés leader du marché et reconnue pour son dynamisme et son développement vers les nouveaux moyens de diffusion.

En 2014 il décide, parallèlement à ses activités professionnelles, de lancer le Swiss Web Program Festival afin de proposer aux acteurs suisses et internationaux une vraie plateforme d'échange et de communication autour du développement audiovisuel sur le web. Passionné de gastronomie et d'oenologie, il partage volontiers des moments de convivialité autour d'une bonne table.

La télévision a perdu ses rejetons

La trentaine juste dépassée, je me retrouve à échanger de temps à autre autour d'un bon cru avec les néo-nostalgiques que nous devenons malgré nous. Une génération qui vivait avec quelques chaînes de télévision, découvrait le stockage sur disquettes et voyait les commerciaux se déplacer avec leurs valises Natel C. Notre enfance et jeunesse a été rythmée et influencée par des programmes puritains américains, des dessins animés kitsch et des séries Z d'AB Productions. On navigue entre des souvenirs évoqués avec plaisir et une certaine honte du contenu ingéré, voire digéré.

Quinze ans après avoir utilisé mon premier portable dont la marque n'existe évidemment déjà plus aujourd'hui, je rencontre et échange avec les jeunes gens qui, en formation dans mon entreprise, découvrent les métiers de l’audiovisuel. Autour du plat de pâtes de midi, ceux-ci me dévisagent en fossile de l’audiovisuel quand je leur parle des programmes TV du soir précédent ou des contenus proposés par les différents diffuseurs établis.

Le simple concept de téléviseur au milieu de leur chambre ou salon n'est plus du tout d'actualité. Ils n'abandonnent plus le sort de leurs soirées aux directeurs ou directrices des programmes des plus grandes chaînes de flux mais désirent, seuls, explorer l'immensité de la toile.

S'ils consomment aujourd'hui certains programmes phares TV, c'est surtout pour interagir avec eux, les commenter et évidemment les relayer. Cela pousse forcément les diffuseurs à construire des programmes événementiels, basés sur la possibilité d'identification et de rejet afin d'offrir aux millions de "réacteurs" suffisamment d'émotions pour aimer, détester et le faire savoir.

Cette évolution de la consommation a évidemment un réel impact économique. Le 11 février dernier, les patrons des trois plus grands diffuseurs privés français (TF1, Canal+ et M6) se sont fendus d'une lettre à la ministre de la Culture française Aurélie Filippetti pour s'alarmer de cet état de fait: "Ce n'est pas une crise économique que traversent TF1, Canal+ et M6, mais une mutation industrielle accélérée (...) menaçant à terme notre pérennité." Les médias de masse se retournent donc vers le politique afin de demander des cadres législatifs et réglementaires plus souples pour tenter de contrer les nouveaux acteurs mondiaux que sont Google, Apple, Netflix, Facebook ou encore Amazon.

A mon humble avis, le TGV est déjà passé, et tous les acteurs restés sur le quai avec leurs parts de marché de la ménagère de moins de 50 ans risquent bien de ne pas pouvoir contrer avec des lois ou contraintes les géants de la diffusion captive du web actuel.

Cela dit, je ne me réjouis absolument pas de cette situation car les médias locaux, de chaque pays et régions, ont jusqu'à aujourd'hui permis de garantir la diversité et la représentativité de ceux-ci, en tous cas dans nos contrées. Un univers audiovisuel généralisé par une vision Google ou Facebook du monde m'inquiète profondément. Si réellement les investissements publicitaires se concentrent vers ces leaders internationaux, les ressources économiques des médias "locaux à l'échelle mondiale" ne seront plus suffisantes pour continuer à produire et donc à proposer du contenu adapté et diversifié.

Pour en revenir au consommateur, le téléspectateur/trice d'hier veut devenir l'acteur/trice d'aujourd'hui. Acteur autour du programme par ses interactions, voire même acteur du programme. L'autre côté du petit écran - pardon, de tous les écrans - semble tout à coup être devenu beaucoup plus accessible. Utopie organisée, évidemment en ce qui concerne la télévision. Par contre, vraie réalité sur la toile où de jeunes inconnus réussissent à devenir de vrais porte-paroles de cette nouvelle génération qui se filme et se shoote au numérique dans leur chambre. La proximité et l'identification deviennent donc, malgré ce monde de communication globalisé, une réelle volonté pour chacun!

Une seule chose reste immuable à mon avis: cette fascination pour les émotions que procurent les contenus audiovisuels, quelque soit la plateforme de diffusion et les personnes avec qui le consommateur derrière son écran partage celles-ci. Bonne nouvelle pour ma profession et surtout ma passion!

 

 

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