Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

La Suisse, ce «rideau rouge»

Le 19 juin, les équipes nationales suisse et française s’affrontaient lors de l’Eurofoot. En filigrane s’affirmaient une fois de plus les caractères opposés des deux pays. 

A première vue, la fierté nationale semblait plus éclatante chez nos voisins: au son de l’hymne français, les onze joueurs entonnaient d’une même voix La Marseillaise avec l’entraîneur et les remplaçants, reprise plus tard par les supporters dans les gradins. A l’hymne suisse, seuls trois joueurs de l’équipe rouge à croix blanche fredonnaient en chœur. Mais à voir ensuite comment les Suisses ont travaillé sans relâche pour protéger leur but, cette «armée de défense» silencieuse au patriotisme moins démonstratif a fait les preuves de son efficacité, dans le pur style suisse, laborieux et sans esbroufe.

Si les deux équipes ont en commun un football construit sur l’immigration, avec au moins un tiers de joueurs d’origine étrangère dans chaque camp, les approches de jeu se calquent bien, elles, sur les cultures de ces deux pays, avec des parallélismes notables. 

D’un côté, la France et sa tradition militaire, inventrice de l’«esprit de corps», offensive et clairement là pour marquer. A croire que les anciennes puissances coloniales comme l’Angleterre, l’Espagne ou le Portugal pratiquent un football à l’image de leur histoire conquérante, avec cet indispensable côté «mauvais garçon». 

De l’autre, une Suisse appliquée, solidement repliée sur ses remparts et maligne lorsqu’elle cherche à gagner du temps avec des passes de balle dilatoires comme peut l’être sa diplomatie étrangère, qui ne cède rien, ou si peu. Les Suisses attaquent peu, feintent peu, négocient, mais leur savoir-faire est défensif. Et même si le match nul doit davantage au fait que les attaques françaises ont manqué de réussite, le résultat est là. Les Suisses ne dominent pas, mais ne se laissent pas dominer. Et gagnent en ne perdant pas, comme le vaste secteur financier helvétique, qui spécule peu sur les marchés, évite les paris fous et génère un rendement faible mais stable. 

La Nati a verrouillé l’accès au but. Plusieurs tirs adverses se sont heurtés au mur, ce «rideau rouge» qui aura dégagé les balles françaises durant 90 minutes. Tout comme l’Etat alpin a repoussé, depuis le XVIIIe siècle, les grandes puissances qui l’entourent pour se constituer en Confédération en 1815, et tout comme sa démocratie participative permet aujourd’hui de repousser les incursions du droit européen, l’équipe suisse a défendu son territoire. 

Un adversaire résistant

Cette image d’îlot préservé, la Suisse la doit à cette défense pratique de ses intérêts, qui placent aujourd’hui son économie en meilleure posture que Hongkong, autre îlot de démocratie quant à lui trop tributaire des autorités centrales de Pékin. Et même en meilleure posture qu’une autre île, immense celle-ci - la Grande-Bretagne - qui après s’être compromise dans l’UE, a voulu en sortir avec pertes et fracas. 

Mais les clichés ont parfois bon dos. La France, sur le terrain sportif ou économique, peut bien être critiquée pour son manque de discipline ou de modestie, elle reste la sixième économie mondiale et la deuxième équipe de foot qui vaut le plus cher. Et les quatre maillots suisses déchirés en cours de match le devaient plus à un défaut de fabrication chez Puma qu’à l’agressivité supposée des Bleus.

Reste que l’ascétisme des Suisses, lui, n’est pas un cliché. Ce peuple, qui a refusé en votation de toucher un revenu de base inconditionnel et d’obtenir six semaines de vacances, est un adversaire résistant (davantage que les maillots de l’Euro). Ces balles captées, interceptées par le «rideau rouge» resteront le symbole de cette Suisse vigilante face à la domination de ses voisins.

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