Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

La science suisse victime du «Swiss timing»

Dont acte. Depuis le 26 février, l’Union européenne ne considère plus la Suisse comme un «Etat associé» dans la négociation sur sa participation au huitième programme-cadre de recherche «Horizon 2020».

Bilatérales ou pas, chaque programme se renégocie, en effet, à chaque fois. Israël en a d’ailleurs fait les frais, faute de pouvoir garantir que l’argent européen n’ira pas s’investir dans les territoires occupés.

La situation n’est pas aussi grave pour les scientifiques suisses, qui ne sont pas exclus des futurs programmes. Mais ils devront d’abord sécuriser leur financement en Suisse, ce qui complique la mise en place des collaborations. Surtout avec le plus mauvais des timings. C’est ce mois-ci que démarre le dépôt des projets de recherche dans le cadre d’Horizon 2020 (un budget de 80  milliards d’euros). 

Cette procédure, qui s’étend jusqu’à septembre, se déroule sans l’assurance d’une participation définitive de la Suisse. Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation conseille aux chercheurs helvétiques de soumettre leurs projets en faisant comme si. Mais ils ont aussi des partenaires.

Les chercheurs européens prendront-ils le risque de soumettre un projet incluant des Suisses alors même que, pour cette seule raison, le projet ne serait au final pas accepté? Sachant qu’en temps normal à peine un projet sur cinq est retenu, poser la question c’est y répondre.

On pourrait naturellement se dire qu’il suffit que Berne verse les fonds (4,4 milliards de francs pour 2020) qui transitent par l’Europe directement aux chercheurs suisses. C’est malheureusement méconnaître le fonctionnement de la recherche et les finesses de son financement. Les patrons de labo sont de véritables entrepreneurs qui doivent multiplier les financements externes pour attirer les meilleurs talents dans un marché ultraconcurrentiel.

En outre, l’innovation fleurit aujourd’hui là où les disciplines se croisent. Un repli, même partiel, de la Suisse scientifique a forcément des conséquences sur sa capacité à innover. Enfin, la libre circulation des idées et des talents est consubstantielle au monde scientifique.

Les restrictions imposées dans ce domaine par l’administration Bush avaient poussé nombre de chercheurs européens aux Etats-Unis à revenir en Europe. En dépit des salaires et des conditions meilleures que leur offraient les riches universités américaines. La Suisse avait à l’époque bénéficié de ce phénomène. Qu’en sera-t-il désormais?

Le gâchis apparaît encore plus grand lorsque l’on sait qu’au cours du dernier programme-cadre (le FP7) la recherche suisse avait obtenu le leadership dans de nombreux programmes. Le CSEM est, par exemple, le leader de l’alliance HTA dans l’électronique avec le CEA-Leti en France, le VTT en Finlande et les instituts Fraunhofer en Allemagne.

En dépit qu’il soit la plus petite des quatre institutions. De même, la HES de Suisse occidentale est la seule université de sciences appliquées d’Europe à exercer un rôle de leader dans le projet stratégique de dossier numérique des patients. Ce ne sera plus possible.

Le pire est que la Suisse était même parvenue à influencer la politique de recherche européenne dans son sens. C’est ainsi que le mécanisme des European Research Grants – inspiré par le Fonds national qui attribue l’argent sur la base du mérite et non sur son origine – a permis à une institution comme l’EPFL d’obtenir de l’ordre de 80 de ces projets. Plus que des pays entiers comme la Suède ou l’Autriche!

In fine, ce sont ces programmes qui ont permis à la Suisse de ramener entre 20 et 50% de plus que ce qu’elle a investi. Enfin, sans 2020, elle perd l’accès au nouvel instrument PME, soit 8  milliards d’euros pour la recherche des start-up et des PME, dont les appels à projet démarrent le 1er mars. Voilà, on est finalement parvenu à mettre le feu au lac.

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