Marmierpascal

DIRECTEUR DE SWISSNEX CHINA

Après avoir passé plus de 10 ans à Boston, Pascal Marmier a récemment rejoint un autre réseau swissnex, celui de Chine basé à Shanghai. Passionné de science et d'innovation, il travaille avec son équipe à promouvoir l’excellence de la Suisse dans ces domaines, renforcer les liens académiques en Chine et créer une communauté d’innovateurs et d’entrepreneurs. Gradué de l’Université de Lausanne, Pascal a aussi suivi une formation postgrade à Boston University et obtenu un MBA de MIT. En plus de chercher les meilleurs talents en science et technologie, il essaie aussi de trouver les meilleurs endroits pour courir dans une ville à forte densité de population.

La scène tech de Pékin

Les visiteurs pensent généralement que Shanghai, en tant que métropole internationale, est également la capitale « tech » de la Chine. Après quelques jours passés en compagnie de startup suisses dans les deux villes, il faut reconnaître que Pékin domine, et ce surtout grâce à une concentration d’entrepreneurs dans les domaines internet et mobile. Difficile de s’y retrouver au milieu de centaines d’apprentis entrepreneurs qui cherchent tous à surfer sur la vague de l’incroyable croissance de l’internet dans le pays. Quelques observations :

1. Les incubateurs caféinés poussent…

Chaque espace de co-working rassemble des dizaines de startup et est bâti sur le modèle suivant : au rez, un café sert d’espace d’échanges et d’événements, alors qu’à l’étage on trouve des bureaux partagés (pour les petites équipes) ou même séparés (pour celles qui grandissent rapidement). A travers ces divers incubateurs, ce sont des investisseurs qui se font concurrence pour monter la bonne startup, le deal qui fera fortune.

2. …le long d’une « inno way »

Pour célébrer le regroupement des endroits propices à l’entrepreneuriat, les autorités de Zhonguancun (quartier de Pékin) ont créé une ruelle passante nommée « inno way ». Elle est encore en construction mais devrait rapidement devenir un passage obligé pour ceux qui découvrent la Silicon Valley chinoise. Plusieurs grandes entreprises dont Lenovo ont déjà établi des espaces d’incubation sur place.

3. Money is not an issue…

Les jeunes entrepreneurs ont donc le choix quand il s’agit de démarrer une startup dans le domaine « TMT » (Technology Media Telecommunications). Tout le monde s’accorde à dire que trouver de l’argent n’est pas un problème. Les divers organismes représentés semblent être en compétition pour accueillir un maximum d’équipes et soutenir leurs premiers efforts de commercialisation.

4. … but you better prove your model fast !

L’envers de la médaille pour ces jeunes entrepreneurs, c’est qu’ils n’ont souvent que quelques mois pour prouver leur modèle. « Après 3 mois, on sait déjà quelle startup a suffisamment de succès pour décider de continuer à investir ou non », nous raconte un des patrons d’incubateur. On comprend mieux pourquoi on voit encore certains collaborateurs dormir à leur bureau à 10h du matin !

5. Les opportunités sont sur le marché domestique

Les entrepreneurs ici sont focalisés sur la Chine. Personne n’intègre vraiment la dimension internationale dans une première phase. Le modèle « copier/coller » des premières startup est dépassé, mais il y a encore de nombreux services à développer pour une classe moyenne dont la vie entière repose sur l’utilisation d’un smartphone!

Dans un des incubateurs, on trouve par exemple (dans une salle bien vide le matin) la startup Lagou, qui vient de lever 25 millions de dollars pour sa plateforme de recrutement. Pas de lien avec LinkedIn ou d’autres sites déjà actifs, Lagou utilise un simple interface visuel pour mettre en contact les sociétés avec leurs talents IT. Plus d’un million d’utilisateurs en quelques mois et une référence dans le domaine.  

6. Personne ne connaît vraiment bien le consommateur chinois...

Le nerf de la guerre reste de comprendre le consommateur chinois. C’est évidemment une tâche réservée à des personnes locales plutôt que des expats, mais le challenge reste constant. Les comportements évoluent tellement vite qu’il est impossible de sonder le client potentiel. Ici, on lance des produits ou services à intervalle rapide. On ne s’inquiète pas de la perfection, le tout restant basé sur la conviction que les consommateurs sauront donner au mieux leur appréciation des nouveautés.

7. … mais chacun s’y met

Ce qui frappe aussi parmi ces fondateurs de startups, c’est la diversité. Ils viennent souvent de partout en Chine avec des profils très différents. Ceux qui ne sont pas des « techies » disent trouver facilement le talent nécessaire pour construire leur app ou programme. On trouve aussi de nombreuses fondatrices qui essaient de créer des services ou communauté dans le design ou la mode, comme cette plateforme de financement participatif uniquement pour les nouveaux vêtements.

Peu visible et peu médiatisée, cette scène tech s’appuie sur toutes les tendances actuelles, du crowdfunding au cloud computing, en passant par le big data. Un peu à l’image des « makers », ces entrepreneurs internet combinent, essaient et lancent sans arrêt de nouvelles idées. Probable donc que la prochaine vague d’innovation mondiale soit en train de prendre forme pas très loin de la Grande Muraille ! 

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