Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

La réalité virtuelle, un nouveau média pour le journalisme

Un "cardboard", pour visionner les films en réalité virtuelle.

Evoquer la réalité virtuelle fait d'abord penser aux jeux vidéos. Or, journalistes et cinéastes s’intéressent de près à ce nouvel outil dont le potentiel pour sensibiliser les spectateurs sur un sujet dépasse de loin tous les autres types de médias. 

Mercredi passé, la chaîne de télévision américaine ABC News a diffusé son premier reportage sur la Syrie en réalité virtuelle. 

En visionnant «Inside Syria», les spectateurs sont guidés vers la Citadelle de Damas, la Grande Mosquée des Omeyyades, traversent le Souk Al-Hamidiyya. Ils découvrent dans ce pays déchiré par la guerre, un semblant de vie normale qui se poursuit malgré tout, et rencontrent des Syriens qui oeuvrent pour garder l'art ancien et les sites religieux à l'abri de la destruction.

Nul besoin d’un casque coûteux pour faire l’expérience de l’immersion au plus profond d’un film. Pour avoir une première impression et comprendre toute la portée de cette technologie, un simple masque en carton pour quelques francs suffit (voici une adresse de “cardboard” en Suisse) et télécharger l'application Jaunt ou Vrse.

Le film visionné sur son smartphone à travers le masque est en 3 dimensions. En tournant la tête, on voit autour de soi à 360%. En levant ou en baissant la tête, on voit ce qui se passe au-dessus ou au-dessous de soi. C’est prodigieux. James Temperton dans Wired dit très justement: «C'est comme être téléporté dans une nouvelle destination».

ABC n’est pas le premier média à avoir proposé un sujet d’actualité en réalité virtuelle, nous rappelle Rue89.  En décembre dernier, Vice a plongé les spectateurs dans une manifestation à New York en réponse aux événements de brutalité policière à Ferguson. Puis le New York Times à son tour a dévoilé son premier reportage en réalité virtuelle, sur une installation de street art à Manhattan, intitulée «Walking New York

Le documentaire «Clouds Over Sidra», réalisé par Chris Milk pour l’ONU et présenté lors du Forum économique mondial en janvier dernier, avait pour objectif de sensibiliser le public prestigieux de Davos sur la situation dramatique des millions de réfugiés syriens.

Dans le film, les spectateurs sont transportés au camp Za’atari en Jordanie qui accueille plus de 84’000 réfugiés. Ils accompagnent Sidra, une jeune fille de 12 ans, dans une journée ordinaire au camp où elle vit avec sa famille depuis 18 mois.   

L'objectif de sensibilisation de l'ONU a été atteint. «Clouds over Sidra» a été diffusé dans 40 pays et traduit en 15 langues.

Dans son deuxième court métrage, «Waves of Grace», Chris Milk déplace les spectateurs au Liberia, alors en pleine épidémie du virus ébola. Les scènes sont bouleversantes, bien au-delà de tout ce que nous avons pu ressentir en voyant des images à la télévision. En immersion totale, la proximité avec le sujet et l'émotion sont décuplées.   

Walk a mile in my shoes. Une belle expression en anglais qui n'a pas son équivalent en français et qui veut dire: Pour vraiment comprendre ce que vit une autre personne, il faut avoir marché des kilomètres dans ses souliers.

La réalité virtuelle aujourd'hui le permet. Au plus près du possible.

 

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