Stephane Garelli

PROFESSEUR À L'IMD ET À L'UNIVERSITÉ DE LAUSANNE, ET DIRECTEUR DU WORLD COMPETITIVENESS CENTER

Stéphane Garelli est professeur à l'International Institute for Management Development (IMD) et professeur à l'Université de Lausanne (HEC). Ses recherches portent sur la compétitivité des nations et des entreprises sur les marchés internationaux. Il est directeur du World Competitiveness Yearbook, une étude dans le domaine de la compétitivité des nations, publiée par l'IMD. Ce rapport annuel compare la compétitivité de quarante-six nations en utilisant 250 critères.

Président du conseil d’administration du quotidien suisse Le Temps, il est aussi membre de la China Enterprise Management Association, du conseil de la Fondation Jean-Monnet pour l'Europe, de l'Académie suisse des sciences techniques, de la Royal Society for the encouragement of Arts, Manufactures and Commerce et du Conseil mexicain de la productivité et de la compétitivité (Comeproc).

La quarantaine rugissante?

Pour la génération des 40-50 ans, cela se complique sérieusement. Auparavant, c’était l’âge d’or. Les enfants élevés avaient quitté la maison. Les parents étaient encore assez jeunes pour s’occuper d’eux-mêmes. C’était le temps de l’insouciance retrouvée, des voitures décapotables, des bateaux et autres folles aventures…

Aujourd’hui, la quarantaine rugissante rugit un peu moins… Pour la première fois elle fait face à une économie à quatre générations: enfants, parents, grands-parents et maintenant les arrière-grands-parents. Désormais il faut s’occuper à la fois des parents et grands-parents vieillissants et des enfants qui, eux, refusent de vieillir.

Car la relève se fait attendre. En Grande-Bretagne, plus de trois millions de jeunes entre 20 et 34  ans vivent encore chez leurs parents. Dans les pays du sud de l’Europe touchés par la crise, les jeunes se réfugient de plus en plus à la maison. Parfois ils partent, mais ce n’est que pour mieux revenir. 

La génération «boomerang» est partout un phénomène de société. Habiter chez ses parents n’est plus stigmatisant…

Tout cela est la faute à la démographie. L’Institut Max-Planck en Allemagne a mis en évidence que l’espérance de vie moyenne entre l’homme des cavernes il y vingt mille ans et celui vivant en 1800 n’avait quasiment pas changé: 32 à 35  ans. En deux cents ans, les progrès de la médecine ont relevé l’espérance de vie moyenne à 82,5  ans pour un Suisse.

Faites le compte: pour chacun d’entre nous cela représente environ cinq heures de plus par jour. Bien sûr, c’est formidable. Mais il y a un coût non moins formidable en retraite et frais de santé. Et qui paie? Devinez…

De plus, chacune de ces générations se caractérise par son propre système de valeurs (X, Y, etc.). La différence est qu’aujourd’hui une génération ne remplace pas l’autre mais s’y ajoute en parallèle. Cela crée une belle pagaille.

Dans les entreprises, la question n’est plus tellement de s’adapter aux valeurs de la nouvelle génération, mais de s’assurer que ces valeurs font «bon ménage» avec celles de collaborateurs d’une ou deux générations plus tôt. Bref, comment faire cohabiter ceux qui viennent au bureau en costume-cravate avec ceux pour lesquels un jean est un habit du dimanche…

A cela s’ajoute la pression du travail: la génération du «milieu» doit réussir de plus en plus tôt dans les entreprises. D’après la firme Egon Zehnder, le nombre des CEO dans la quarantaine a doublé en quinze ans et atteint désormais 40% du total. Même les jeunes millionnaires dans leur trentaine ne se comptent plus. 

Et pour couronner le tout, il faut faire des enfants… Aujourd’hui, les parents dans les milieux aisés ont leurs enfants après 30  ans, juste au moment où leur carrière décolle. Tout le monde n’est pas Marissa Mayer, qui prend la tête de Yahoo! à 37  ans tout en étant enceinte…

Au cœur d’une révolution fondamentale

La génération des 40-50  ans est donc assaillie de toute part. Pourtant, elle est au cœur d’une révolution fondamentale qui est peut-être le résultat de son propre vécu: si nos sociétés sont devenues multiculturelles, nos entreprises doivent le devenir aussi. 

Cette génération admet que l’objectif d’une entreprise dépasse aujourd’hui la simple recherche du profit. La société qui nous entoure est le lien intergénérationnel qui nous soude. Nous y vivons tous. 

Donc les projets de société se multiplient: lutte contre le diabète (Novo Nordisk), éducation (Maersk), emploi des jeunes (Nestlé), etc. Petit à petit, le «capitalisme d’entreprise» laisse émerger un «capitalisme de société». La génération des 40-50  ans fait désormais la synthèse entre profit et objectifs de société. Ce n’est pas facile mais c’est peut-être plus intéressant qu’une nouvelle décapotable…

P.-S. Et voilà, c’était ma dernière chronique… Après cinq ans, il est temps de laisser la place à d’autres plumes. Pas de problème: la Suisse romande est riche de jeunes talents et de succès. Bilan en est l’exemple.

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