Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

La poupée parlante 'Hello Barbie' crée la controverse

Une nouvelle poupée Barbie présentée au Salon du Jouet à New York en février dernier, dotée d'un logiciel de reconnaissance vocale, est capable de tenir une conversation avec un enfant. 

Le microphone incorporé dans la poupée est activé lorsque l’enfant appuie sur un bouton. La poupée connectée par WiFi à un serveur de son fabricant Mattel est capable de raconter des histoires ou des blagues, de poser des questions, d’écouter, de comprendre et de répondre aux questions posées par l’enfant. Elle apprend à connaître ses goûts et mémorise les informations pour les utiliser à un moment opportun dans le futur.

Lors d’une démo, la représentante Mattel en conversation avec la poupée dit aimer être sur scène. Quelques instants plus tard, lorsqu’elle demande à la poupée ce qu’elle devrait faire dans la vie quand elle sera grande, la poupée lui répond: «Tu as dis aimer être sur scène, alors peut-être devrais-tu devenir une danseuse, une politicienne ou un politicienne-danseuse.»

Le lancement de Hello Barbie est prévu aux Etats-Unis cet automne. Une fois l’achat conclu, selon le Washington Post, les parents devront, avant de pouvoir l’activer, télécharger une application, créer un compte et consentir à l’enregistrement par la poupée de la voix de leur enfant - qui sera utilisée par le développeur de l'application ToyTalk, pour améliorer et enrichir les performances du logiciel. «Les données ne seront jamais utilisées à des fins marketing ou publicitaires,» affirme le PDG Oren Jacob de ToyTalk.

Les parents pourront décider à quelle fréquence ils souhaitent recevoir les fichiers audio des conversations de leur enfant, à savoir une fois par jour or une fois par semaine. «Nous voulons que les parents soient en contrôle de leurs données à tous moments.»

Malgré ces précautions, les défenseurs du droit à la vie privée s'insurgent. 

L’association américaine Campaign for a Commercial-Free Childhood a lancé une pétition pour empêcher la vente de la poupée. «Les enfants qui parleront à Hello Barbie seront en train de s’adresser directement à une multinationale dont le seul intérêt est financier.»

Le magazine allemand Stern va plus loin. Il a surnommé la nouvelle création de Mattel «Barbie Stasi» et compare l'enregistrement des conversations aux méthodes de surveillance de la police de renseignements et d’espionnage de l'ex- RDA. 

On peut certainement imaginer des dérives. La poupée questionnant l’enfant sur son environnement ou lui suggérant des produits. Ou encore enregistrant des conversations qui ne lui sont pas destinées. Des informations personnelles qui pourraient basculer dans le domaine public suite à une commercialisation des fichiers, une faille de sécurité ou un acte de piratage.

Mais le plus grand risque, à mon avis, sera l’attachement que l’enfant pourrait porter à cette poupée. Hello Barbie est en réalité un chatterbot, un robot parleur programmé pour séduire et être aimé. Un compagnon de jeu toujours disponible, doté d’une attention toujours égale. Jamais encombré par ses propres préoccupations ou sentiments. Le playdate idéal.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."