Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

La mémoire du poisson rouge est de retour

La Chine fait la une, la Death Cross du Dow Jones et la débandade du pétrole sont les centres d’intérêt principaux des discussions des stars de la finance à travers la planète.

Sans oublier le fait qu’Apple est à nouveau une compagnie toute pourrie après avoir retrouvé quelques couleurs ces derniers jours.

Petit rappel, lundi nous étions tous « chauds comme la braise » parce qu’un type de la FED (Monsieur Fisher) nous avait dit que la hausse des taux du mois de septembre n’était pas certaine et peut-être trop précipitée – hausse qui nous était acquise, parce qu’un autre type de la FED (Monsieur Lockhart) nous avait dit le contraire deux jours avant. Et puis hier matin, la Chine a dévalué le Yuan et tout est parti avec l’eau du bain. Oublié les fondamentaux, oublié les théories sur l’économie américaine, sur la Grèce, sur la croissance économique éventuelle des années à venir. Instantanément, nous avons pris conscience que la Chine, c’est le pays qui dirige la finance mondiale et que s’ils éternuent, nous sommes tous foutus. Sauf quand on n’y pense pas.

Hier, la dévaluation du Yuan a fait immédiatement prendre conscience aux intervenants que le gouvernement chinois avait des craintes par rapport à sa croissance future – visiblement certains avaient des doutes sur cet état de fait, mais depuis hier, c’est réglé. La Chine est mal en point, et si la Chine est mal en point nous allons tous en prendre plein les dents.

Le pétrole au plus bas 

Le problème avec la Chine, c’est que quand ça va mal, ça va mal partout dans le monde. Ça va mal pour le pétrole, parce que si la Chine consomme moins de pétrole, les pays producteurs vont forcément moins vendre, et si la demande diminue, il est évident que le prix baisse, ça, on l’a tous appris en deuxième année de maternelle juste avant d’apprendre à ne pas dépasser en coloriant les images. Partant de cette logique et du fait (en plus) que l’Iran va bientôt pouvoir produire comme des fous sans limites de sanctions, le baril s’est fait décapiter et en payant 42.69$ hier, l’or noir a atteint ses plus bas niveaux depuis six ans. Ce matin, il est à 42.94$ et dire qu’il n’y a pas si longtemps, on nous disait que les 60$ était un prix correct pour le baril.

Et maintenant, l’Arabie Saoudite est obligée d’émettre pour 5 milliards d’obligations pour pouvoir continuer à assumer son train de vie. Tout fout le camp. Jeff Gundlach, un des rois du marché obligataire, nous dit d’ailleurs que si le baril va sous les 40$, géopolitiquement, on est TRÈS mal…

La bonne nouvelle, c’est que si le pétrole se fait laminer, l’or remonte toujours un peu plus  - à 1110$ ce matin – on a besoin de réconfort et en plus du chocolat chaud et de l’ours en peluche pour aller dormir, acheter un peu d’or pour se sentir rassuré ne fait de mal à personne. Cela soulage toujours de savoir qu’en cas de disparition du système monétaire actuel, on pourra toujours aller à la boulangerie acheter son pain avec un lingot d’un kilo.

La Chine va mal, Apple va mal  

Pendant que le pétrole s’effondre à cause de la Chine, Apple s’effondrait aussi. Mais plus que le pétrole. Le titre à Tim Cook termine en baisse de plus de 5% en-dessous des 114$. Il n’est pas simple de déterminer pourquoi, après le rebond de lundi, il y avait à nouveau plus de vendeurs que d’acheteurs. Une des raisons principales, c’est le downgrade de la part d’un analyste qui s’est soudainement réveillé et s’est dit que : « Si la Chine va mal, les Chinois vont probablement cesser d’acheter des iPhone et se concentrer sur les choses importantes » - quoique quand je vois certaines personnes dans la rue avec leur iPhone, je me demande si cet appareil n’est pas devenu une extension d’eux-mêmes et que si vous leur laissez le choix entre leur smartphone et la respiration, ils vont choisir l’iPhone.

Bref, hier on avait peur que la Chine pose des problèmes à Apple. En revanche, l’annonce de la nouvelle structure de Google, pardon, d’Alphabet, a fait plaisir à tout le monde. Le titre montait de 5%, et ils ont servi de la soupe de lettres à la cantine de Google.

Autre problème qui nous préoccupe depuis hier: le Dow Jones vient de nous construire une magnifique « Death Cross ». En gros et pour faire simple, la moyenne mobile des 50 jours est passée sous la moyenne mobile des 200 jours, ce qui est censé être un indicateur de tendance négative pour le marché. Évidemment, ça ne fonctionne pas toujours, mais quand ça se produit avec la Chine qui nous lâche, le pétrole qui se casse la figure et Apple qui est une compagnie toute pourrie, forcément, ça pèse sur le moral.

À noter aussi, en faisant un petit détour par l’Europe que l’indice ZEW allemand, qui est censé représenter le moral des Allemands, se casse la figure à 25 alors que l’on attendait 32…

Le franc s'affaiblit 

En conclusion de la journée d’hier: le Yuan est devenu soudainement la monnaie la plus importante du monde. Sauf pour les Suisses qui restent concentrés sur le franc qui continue de s’affaiblir contre l’Euro. Ce matin on est à 1.0908 et on commence à se dire que le taux plancher, en fait, il ne servait à rien.

Ce matin, l’Asie a ouvert plus ou moins inchangée un peu partout. Et puis, il y a deux heures, tout a commencé à partir en vrille. Le Nikkei recule de 1.7%, le Hang Seng de 1.8% et Shanghai ne parvient même pas à se féliciter des mesures gouvernementales, et recule de 0.46%, ce qui est tout de même nettement mieux que les autres. En relatif. Il va aussi falloir faire attention aux valeurs du luxe, parce que la dévaluation du Yuan va considérablement freiner les achats compulsifs chez LVMH et consorts de la part de nos camarades chinois.

Dans les nouvelles du jour, toute la presse revient sur le cours du Yuan et la faiblesse de ce dernier. Il est actuellement au plus bas depuis 4 ans. On parle aussi de la Grèce et de l’Allemagne. L’Allemagne qui rechigne toujours à signer un chèque en blanc de 86 milliards à Tsipras sans avoir un minimum de garanties. On peut dire que les Allemands ont le chic pour gâcher la fête – ou alors ce sont les seuls qui comprennent vraiment ce qui se passe, allez savoir.

GE va vendre sa division Health Finance pour 8.5 Milliards. À force de tout vendre, on se demande ce qu’il va leur rester. Alors que tout le monde panique sur la Chine, David Kostin, le stratège de Goldman Sachs, a signalé que les gens devraient peut-être un peu se calmer et se souvenir qu’aux USA, deux tiers des revenus des compagnies US proviennent de l’intérieur du pays. Et compte tenu du fait que les chiffres de l’emploi montrent une légère amélioration, il n’y a pas de raison de sauter par la fenêtre au nom de la Chine dans les prochaines 24 heures.

On signalera que les stars de S&P on notifié à Warren Buffett « qu’ils allaient le surveiller après son rachat d’hier »... il doit trembler de peur.

Inquiétudes sur la Chine 

Dans un article du Barron’s de cette nuit, on nous recommande d’acheter Tesla, Google et Amazon et d’éviter NetFlix. Et puis ce soir, il y aura la publication des chiffres trimestriels de Cisco et d’Alibaba. Les deux seront importants. Pour Alibaba, ça sera un très bon indicateur de la croissance chinoise et pour Cisco, en dehors des chiffres eux-mêmes, cela marquera la fin de la saison de la publication des chiffres trimestriels.

Et puis après la dévaluation du Yuan hier, la Chine remet ça ce matin. Cela en dit long sur les inquiétudes que l’on peut avoir sur l’état de santé de l’économie de la région. Les futures n’aiment pas ça et l’on risque bien de se refaire une journée similaire à la séance d’hier. Pour le moment les futures sont en baisse de 0.6%, l’Euro/$ est à 1.1080, le Yen vaut 125.09, le Bitcoin s’échange à 266$ et le rendement du 10 ans américain est de 2.08% - après les deux dévaluations consécutives de la part de la Chine, on peut dire que la guerre des monnaies continue. L’Euro-Suisse est à 1.0914 à l’instant.

Ce matin, nous aurons la production industrielle en Europe, le Trade Balance Italien, le ZEW version suisse, les nouvelles demandes d’hypothèques aux USA, ainsi que les inventaires pétroliers, peut-être pour donner le coup de grâce au baril.

C’est tout ce qu’il y avait à dire ce matin et c’est déjà pas mal. Je vous souhaite un excellent café, en ce qui me concerne, ce matin, j’en ai VRAIMENT besoin, et puis l’on se retrouve demain matin pour la suite et la prochaine dévaluation du yuan. Passez une très belle journée, même si elle à l’air de ressembler furieusement à celle d’hier.

Thomas Veillet

Investir.ch                           

"Trump said if his presidential campaign fails, he will 'ride into the sunset.' And if Donald Trump WINS the presidency, Hillary says she's gonna ride off a cliff like Thelma and Louise." –Jimmy Fallon

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