Michel Girardin

PROFESSEUR ASSOCIÉ EN MACROFINANCE À L'UNIVERSITÉ DE GENÈVE

Economiste, puis responsable de la recherche et des investissements dans différents instituts bancaires pendant plus de 20 ans, Michel Girardin a également géré 2 fonds de placements en actions et obligations internationales ainsi qu’un fonds de Hedge Funds. Il est titulaire d’un Master of Science de la London School of Economics et d’un doctorat en Sciences économiques de l’Ecole des HEC à Lausanne, où il donne actuellement un cours en Finance pour la dernière année du Bachelor en Management. Passionné de longue date de photographie, Michel a publié en octobre 2012 « La Bourse et la vie », un recueil de portraits en texte et images de 25 personnalités du monde de la finance, dont George Soros, Alan Greenspan et Warren Buffett. En mai 2012, le magazine Bilan l’a intégré dans la liste des 300 personnalités les plus influentes du monde économique suisse.

La macro est morte, vive la macro!

«Tu enseignes la macrofinance? C’est quoi, une multinationale qui pratique la microfinance?» me demande l’autre jour un ami. Je lui parle des facteurs économiques qui influencent les marchés financiers et il me rétorque un brin sournois: «La macro, c’est si important que ça pour gagner à la bourse? Ce ne sont pas les liquidités des banques centrales qui comptent?»

Difficile de lui donner tort, à force de voir les marchés financiers s’abreuver jusqu’à plus soif des liquidités des banques centrales, sur fond de scénario «Boucles d’or», ce conte de fées où la croissance économique est «ni trop chaude ni trop froide, juste comme il faut». De la croissance sans inflation, c’est le rêve qui rend la macroéconomie caduque pour ce qui est du pilotage des marchés financiers.

Et puis, soudain, des titres chocs comme «La récession menace en Allemagne» ou «Dernier pilier de la croissance mondiale, le consommateur américain vacille» font renaître la macrofinance de ses cendres. Une renaissance qui se paie toutefois par de violentes chutes des marchés boursiers. Alors, qu’en est-il exactement de ces menaces sur la croissance?

Statistique biaisée

Prenons l’Allemagne, tout d’abord. A première vue, les derniers chiffres de la production industrielle et des exportations ont de quoi faire peur, ce d’autant plus que nous ne sommes pas habitués à ce que la locomotive de la croissance européenne connaisse des ratés. Plus de 4% de baisse de la production industrielle au mois d’août et près de 6% des exportations, du jamais-vu depuis la «grande récession» de 2008. Bigre. Mais les chiffres cachent parfois des réalités assez triviales: en l’occurrence, le fait que les Länder ne partent pas tous en vacances d’été au même moment.

Mais surtout, la statistique est biaisée en ce qu’elle compare un mois au précédent. En juillet, cette même production était en hausse de 1,6%. En glissement annuel, la variation au mois d’août tant de la production industrielle que des exportations témoigne certes d’une décélération, mais elle reste positive.

Il est un balancier connu sur les marchés financiers, celui qui oscille entre la peur et la cupidité. Aujourd’hui, le trouillomètre glace le sang de plus d’un investisseur lorsqu’il constate que la confiance des consommateurs américains est sensiblement au même niveau qu’avant le début de la récession de 2008. C’est oublier que ce qui compte, ce n’est pas le niveau de confiance, mais sa variation. Le graphique le montre bien: tant que la confiance des consommateurs ne baisse pas de plus de 20%, on peut écarter tout danger de récession aux Etats-Unis.

Dans la toute première version du conte «Boucles d’or», la blondinette se fait dévorer par les ours. Tout un symbole que de voir cette personnification allégorique de l’absence de cycles conjoncturels se faire dévorer par des plantigrades qui, à force de regarder leurs pieds, incarnent les baissiers à la bourse. Il n’en reste pas moins qu’il ne faudrait pas avaler n’importe quel gros titre criant à la récession, là où il ne s’agit, pour l’instant du moins, que de simples ralentissements de la croissance. 

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