Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

La livraison par drone déchaîne les critiques

Suite à la révélation par Jeff Bezos, PDG d'Amazon, de livrer des colis par drone dans le futur, les réactions négatives se sont déchaînées.

Le projet en question, baptisé «Prime Air», utiliserait des drones pour livrer des petits paquets dans un rayon de 16 km d'un centre de distribution, en moins d'une demi-heure.

Pour le représentant Républicain du Texas Ted Poe, la livraison par drone poserait des problèmes au niveau de la vie privée. Il décrit le spectre d'un drone-livreur qui serait aussi un outil de surveillance, filmant et photographiant les maisons et jardins où il se rend et visualisant les besoins. Les meubles autour de la piscine n'ont pas l'air en bon état? Une info qui pourrait intéresser un marchand de meubles. Puis Poe, qui doit avoir des enfants en bas âge, conclut son discours devant la Chambre des représentants en adaptant les paroles d'une comptine (!): «Ici un drone, là un drone, partout des drones aux Etats-Unis.» 

Pour Nicholas Lund du journal Slate, le plus grand problème pour les drones serait les oiseaux de proie qui défendent leur territoire aérien. Une vidéo à l'appui sur le site montre des rapaces attaquant bel et bien un drone et provoquant son crash.

Il est vrai que les dangers de collision avec les oiseaux sont un réel problème pour le monde de l'aviation. On parle même de péril aviaire. Les aéroports sont dotés d'équipes dédiées à leur surveillance. La FAA a répertorié plus de 121,000 cas de collisions entre aéronefs et oiseaux depuis vingt ans.

Selon James Ball, journaliste pour le quotidien britannique The Guardian, le projet "Air Prime" de Bezos ne serait qu'un coup publicitaire du géant du commerce en ligne afin de faire oublier une série de reportages peu flatteurs concernant les conditions de travail chez Amazon. Des contrats sans horaires, des pauses trop courtes et une surveillance continue de chaque salarié par des systèmes internes, rapporte le Courrier International.

Pour le site BGR, il y aurait aussi le risque de «snipers» qui prendraient les drones-livreurs pour cible, soit comme exercice de tir ou pour carrément dérober les colis.

Et finalement, le hacker Samy Kamkar a fait une démonstration de la prise de commande d'un drone en cours de vol, modèle Parrot AR Drone 2.0, après avoir pénétré son système.

L'annonce d'Amazon a fait la une de tous les journaux, mais d'autres y réfléchissaient déjà. La société américaine de livraison UPS et la poste allemande Deutsche Post envisagent elles aussi la livraison par drone léger. En Australie, Zookal, une société de location de manuels, a fait part de son intention de livrer ses produits dans le centre d’affaires de la ville de Sydney - si elle en obtient l’autorisation, rapporte Presse Citron.

Et en Chine selon mac4ever, les livraisons par drone sont déjà une réalité. SF Express, l'une des plus grosses entreprises de livraison à domicile du pays, teste l'utilisation de drones en ce moment, avec l'accord du gouvernement.

La livraison par drone permettrait de soulager le trafic routier et de réduire la pollution. Mais les contraintes sont importantes. Le temps doit être clément pour que le drone puisse voler (pas de vent, pas trop de pluie). Un seul colis par drone et dont le poids ne doit pas dépasser 2.3 kg. A titre de comparaison, un camion UPS contient 120 paquets en moyenne. Et chaque drone doit avoir son propre pilote, engendrant une logistique et des frais de personnel importants.

De nombreux pays doivent encore légiférer sur les vols commerciaux de drones dans leur espace aérien. Aux Etats-Unis, cette loi est prévue pour septembre 2015. 

Pour conclure, je me permets de faire un parallèle avec les réactions suscitées lors de l'apparition des premières automobiles:

«L'automobile suscite très vite la polémique. Alors que le parc automobile croît rapidement, les infrastructures adaptées ne sont pas encore mises en place. L'automobile effraie les animaux (les automobilistes seront surnommés les « tueurs de poules »), elle est très bruyante et dégage une odeur nauséabonde. Bouleversant la quiétude des piétons dans les villes, beaucoup désirent l'interdire. Ces derniers n’hésitent pas à lancer des pierres ou du fumier sur les automobiles qui croisent leur chemin.»

Et pour ma part, comme l'idée de drones-livreurs me fait rêver, je m'aligne à la pensée d'Oscar Wilde: «Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies».

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