La hotte du Père Noël

Intuitivement, pour éteindre un feu, mettre une ou deux pelletées de sable est plus efficace que de la sciure. C’est pourtant bien cette dernière méthode qu’on emploie en Europe. La baisse surprise et surtout symbolique par la Banque centrale européenne de taux directeurs d’un quart de pour-cent scelle pour 2014 la divergence des politiques monétaires de part et d’autre de l’Atlantique.

L’Europe économique et monétaire tient au bord d’une dépression à cause de problèmes structurels qui resurgiront en 2014 ou 2015, quand la sciure sur le feu se sera consumée. Il faut une volonté politique au niveau tant national que de l’Union. Aux USA, la Banque centrale change de tête et Ben Bernanke aura marqué la fin de son mandat par des coups d’accordéon manquant de finesse.

Finalement, il faut se tourner vers les marchés pour entrevoir des messages clairs. Une courbe des taux plus pentue indique une reprise pour 2014. Les flux de capitaux sortant des marchés obligataires et de l’or en direction des marchés actions indiquent l’amorce du long chemin de la remontée des taux d’intérêt.

Il est frappant de constater que le rendement sur dividende des marchés actions était, en début d’année, de l’ordre du double de celui des obligations d’Etat à dix ans alors qu’aujourd’hui il est revenu à un niveau identique.

Cela signifie que les marchés actions sont en train d’entrer dans une zone d’excès, mais pas certainement qu’il faille tout vendre tout de suite. En effet, les phases d’excès durent toujours plus longtemps qu’on puisse imaginer.

La psychologie des acteurs a de ce point de vue beaucoup d’importance: en clair, combien d’investisseurs courent derrière le train? En cette fin d’année, tous les fonds d’investissement auront à cœur de montrer une proportion présentable investie en actions et, par voie de conséquence, le mouvement a encore quelques semaines devant lui.

Il faut aussi garder à l’esprit que le marché américain a, très nettement cette fois-ci, cassé ses plus hauts de 2000 et 2007. Nous n’avons pas eu en 2013 de triple «top», et ce marché est entré dans un nouveau territoire haussier.

Cette année a marqué le grand retour de la gestion alternative comme contributeur intéressant à la performance. Hormis les approches systématiques et certaines «macros», les fonds avec des stratégies non corrélées ainsi que les approches «long/short» très adossées aux marchés actions, mais avec moins de risque directionnel, ont retrouvé des couleurs en délivrant des niveaux de performance, certes en deçà des actions (de l’ordre de la moitié), mais tout à fait décents par rapport à la rémunération de dépôts à court terme, de l’obligataire et des métaux précieux.

Il est probable que pour les années à venir il faille considérer de pondérer de manière plus appuyée ces fonds dans les portefeuilles pour aller chercher un alpha de plus en plus ardu à produire dans les autres classes d’actifs.

Dans les zones émergentes, il faudra rester attentif à une certaine fragilité aux confins les plus extrêmes. L’Argentine connaît une inflation qui rappelle une Amérique latine d’autres temps. La Chine jongle avec ses provinces endettées jusqu’au toit.

Il faut tout de même reconnaître que ce n’est pas en France que des annonces de restructurations faites par le gouvernement feraient monter le CAC 40 de 5% en une journée. Décidément, nos démocraties ont bien du mal à se réinventer.

Pour revenir au monde émergent, il emmènera certes le rythme de croissance mondial encore en 2014, mais une certaine prudence s’impose. La préférence va donc aux zones développées pour nos choix en actions.

Le monde de demain connaîtra d’autres révolutions technologiques, comme les imprimantes 3D. Mais 2013 restera une charnière: sur les marchés financiers, inversion de tendance lourde sur les taux d’intérêt et sortie d’un canal vieux de treize ans pour le S&P 500. En géopolitique, dialogue avec l’Iran, arrêt des stratégies occidentales de va-t-en guerre, par exemple dans le conflit syrien.

Un retour au pragmatisme bienvenu avec une Europe qui a du mal à se départir de vieux idéogrammes. L’année qui s’achève n’a peut-être pas été aussi anodine que cela.

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