Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

La Grèce ira-t-elle directement aux penalties?

Je ne suis pas un grand fan de football mais si j'en crois la science de mes collègues passionnés par le ballon rond, lorsqu'un match n'a pas de prolongations, les équipes passent directement à l'épreuve des penalties.

Il ne vous a pas échappé que les divers dirigeants européens se sont montrés optimistes le week-end dernier sur l'obtention d'un accord suite à la présentation du nouveau plan Tsipras. Les marchés européens ont progressé de plus de 5% entre lundi et mardi.

Je souhaiterai partager avec vous quelques pistes de réflexions :

- Si les dirigeants européens ont été optimistes, il me semble qu'ils ont lancé une "patate chaude" aux ministres des finances qui se réunissent ce mercredi. Car le FMI est resté bien silencieux sur le sujet, et c'est tout de même à ce dernier que la Grèce doit rembourser 1.5 MdsEUR le 30 juin.

- Le FMI, si nous en parlions! Aujourd'hui, l'organisation internationale est sortie de son silence pour rappeler qu'elle n'était pas contre une nouvelle renégociation de la dette grecque. Ce point est important car le couple franco-italien ne le souhaite absolument pas.

En effet, contrairement à la précédente négociation, ce ne sont plus les banques commerciales qui détiennent la dette grecque, mais les banques centrales et autres organismes européens. En cas d'une nouvelle renégociation, ce sont les états de la zone euro qui pourraient voir le poids de leur dette augmenter, dégradant certains ratios mal en point. J'ai déjà écrit qu'il semble compliqué de vouloir aider la Grèce sans réduire le poids de sa dette qui avoisine 175% du PIB. Il est clair que si le FMI refuse le nouveau plan Tsipras, la Grèce peut aller au défaut technique et par conséquent entrer en matière sur une nouvelle renégociation (= réduction) de la dette. CQFD!

- Et pourquoi le FMI serait-t-il enclin à refuser ce nouveau plan? C'est à croire que Tsipras l'a fait exprès, en fait. Il y a quelques semaines, le FMI avait clairement annoncé que toute nouvelle proposition devrait éviter une hausse des impôts, réduire les pensions et les dépenses de l'état. Tsipras a proposé exactement l'inverse. Il a annoncé de nouvelles mesures – essentiellement des taxes supplémentaires, notamment sur les plus riches, ménages ou entreprises – censées rapporter près de 8 milliards d’euros au budget grec en 2015-2016. Sur les retraites, les petites pensions ont été épargnées, en contrepartie de hausses de cotisations.

- Le FMI est également fortement inspiré par les Etats-Unis qui ne souhaitent absolument pas voir la Russie devenir un allié objectif de la Grèce. La sortie de la Grèce n'est pas une option pour les Américains alors que le secrétaire de la Défense, Ash Carter a confirmé déployer des armes lourdes proche de la frontière russe. 

- Le FMI n'est pas le seul à pouvoir rejeter un possible accord. Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, n'est pas en ligne avec le positionnement de Merkel, et il a déjà démontré une plus grande fermeté que la Chancelière. 

- Passons dans le camp grec! Tsipras a totalement laissé dans le vague les parlementaires de Syrisa. Il lui sera difficile de leur faire accepter l’inverse de ce pourquoi ils ont été élus. De plus, le peuple manifeste et les mouvements de rue sont de plus en plus importants en Grèce. L’opinion ne se laissera pas faire si facilement.

- Un accord avec la Troïka qui serait trop à son avantage et Tsipras pourrait bien être mis en difficulté par son propre parti. On rappelle aussi que le ministre des Finances Varoufakis n’est pas prêt à apposer sa signature sur un accord tel qu’il semble se dessiner avec la Troika, et que s’il démissionne il pourrait bien entraîner dans son sillage un certain nombre de parlementaires, ce qui serait de nature à isoler un peu plus le premier ministre Tsipras. En résumé, les parlementaires helléniques pourraient rejeter l'accord, mais également organiser un vote de confiance afin de changer de gouvernement.

Après ces sept points de réflexion, vous comprendrez que l'issue est incertaine. Si nous n'avons pas franchi la zone de panique lors de précédentes baisses des marchés, il faut se méfier de l'euphorie. Je souligne également que les marchés seront attentifs à la pérennité de tout accord, et plus il sera sur le long terme plus il sera crédible. 

En conclusion, le FMI pourrait pousser la Grèce directement dans une séance de penalties douloureux. 

 

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