<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La grande ambivalence

Les femmes donnent souvent l'impression de ne pas vouloir le pouvoir. Cette ambivalence nous a donné notre idée de couverture.

Micheline Calmy-Rey est une grande séductrice. Elle a une image publique incroyablement dure, mais la personne que vous rencontrez est à peu près le contraire. Peter Brabeck, président de Nestlé, dégage une formidable puissance. Mais c'est un type incroyablement sensible que j'ai vu pleurer.

Pourquoi vous parler de Micheline Calmy-Rey et de Peter Brabeck? Car les deux assument le pouvoir à leur manière, avec des côtés que la première impression qu?ils donnent ne laisse pas transparaître. Mais, dans cette dernière phrase, le mot à retenir est justement «assument».

Les femmes donnent souvent l'impression de ne pas vouloir le pouvoir. C?est à partir de ce constat que nous avons bâti la quatrième édition de notre dossier «Les femmes qui font la Suisse romande». Pour montrer qu?il existe toujours une ambivalence des femmes vis-à-vis du pouvoir, raison de notre double message en couverture.

Elles doivent pourtant l'assumer, ce pouvoir, avec leurs qualités et leurs faiblesses. Reste qu?elles n'ont pas eu de chance. Après avoir été toujours écartées des plus hautes fonctions, les femmes y accèdent alors que l'exercice du pouvoir a connu une révolution à laquelle elles sont très mal préparées: la médiatisation. Que vous soyez fondatrice d'une PME, cheffe de service dans l'administration, cadre d'une multinationale ou élue, il faut accepter d'apparaître à la télé, dans les journaux et sur les ondes.

Et se résigner au fait que, malgré votre caractère chaleureux, les médias ne vous montreront peut-être que sous un côté très austère. Ou que, si vous vous laissez aller à votre sensibilité, un journaliste sera là. Comme pour Micheline Calmy-Rey et Peter Brabeck. Sauf que les journaux vont plus volontiers parler des affects de l'une que de l'autre. C?est vrai, le prix à payer est plus cher pour les femmes.

Assumer le pouvoir, c?est accepter de perdre le contrôle de son image et s?habituer à l'idée que chaque jour des gens trouvent d'excellentes raisons de la détester, cette image. Est-ce trop pour les femmes? Hillary Clinton témoigne d'une société en avance où une lady ne renonce pas. Eveline Widmer-Schlumpf, elle, a pris un matin de décembre la perche qu?on lui tendait. Dans le débat entourant son élection au Conseil fédéral, le fait qu?elle soit une femme n'a pas été relevé, ce qui montre que les mentalités ont bien évolué et que celles qui ont du caractère créent la différence. Décidées à prendre le pouvoir, Mesdames? B 

A noter La Première et Bilan vous proposent chaque matin sur les ondes de la RSR «Le café économique», une émission quotidienne en semaine et un débat qui se prolonge ensuite dans nos pages. Nos deux rédactions se sont alliées pour scanner l'économie suisse et trouver des moyens d'abattre les barrières à l'esprit d'entreprise et à l'innovation. L'objectif: libérer la croissance. A écouter donc et à lire désormais dans chaque édition de Bilan (lire en page 36).

Photo: Stéphane Benoît-Godet / © D.R.

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