La futilité de l’Etat-nounou

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Ne pas manger trop sucré, trop salé, trop gras, faire de l’exercice ou encore ingérer une ration journalière suffisante de fruits et de légumes est devenu la nouvelle préoccupation des gouvernements pour «leurs» citoyens face aux coûts de la mutualisation excessive des dépenses de santé.

Cette mouvance opère désormais non plus avec les armes libérales de l’information et de la persuasion, mais avec celles de la contrainte. La proposition récente d’une taxe sur les boissons sucrées dans le canton de Vaud est tout à fait illustrative: la nouvelle manne fiscale devrait précisément servir à financer l’étatisation des soins dentaires, qui relèvent jusqu’ici de la responsabilité des familles.

L’Etat-nounou s’affuble en quelque sorte du  rôle des parents dans une société où les enfants sont apparemment destinés à rester éternellement mineurs. Le projet vaudois est d’autant plus anachronique que les jeunes Suisses sont déjà les champions du monde de la brosse à dents, et que les occurrences de caries chez les enfants de 12 ans, grâce à la prévention, ont diminué de 90% sur quatre décennies. Cela n’empêche pas les tenants de l’idéologie socialiste de l’irresponsabilité institutionnalisée de chercher à détruire cette autonomie. Sans qu’il faille en attendre une quelconque amélioration de la santé. 

Inefficacité de la fiscalité dissuasive

En effet, le phénomène de l’Etat-nounou est entre-temps si répandu que le think tank Epicenter, une initiative de six instituts de recherche indépendants européens, publie depuis deux ans un «Nanny State Index», mesurant l’impact de telles mesures pour les 28 pays de l’Union européenne. L’étude examine les effets de la fiscalité dissuasive, des restrictions de packaging et des réglementations de l’industrie et du commerce de détail pour les produits d’alimentation, les sodas, l’alcool, le tabac et les cigarettes électroniques.

Les résultats sont sans appel: aucune corrélation n’est observable entre le degré d’intervention de l’Etat-nounou et l’espérance de vie, de même qu’entre les restrictions légales et les taux de consommation d’alcool et de tabac. Les Etats les plus répressifs en la matière, la Finlande, la Suède et le Royaume-Uni, n’affichent pas de meilleurs indicateurs de santé que les plus libéraux, la République tchèque et l’Allemagne.

L’expérience montre par ailleurs que les taxes et les réglementations peuvent être facilement contournées par le consommateur qui fait ses courses à l’étranger ou se rabat sur des marques moins chères ou des distributeurs plus avantageux. Et si les restrictions deviennent réellement prohibitives, elles encouragent le développement de marchés clandestins: cela peut déjà s’observer à large échelle dans le cas des drogues illicites, les dernières analyses des eaux usées indiquant, par exemple, qu’en Suisse huit kilos de cocaïne pure est consommée chaque jour. L’Etat prohibitionniste n’est pas plus efficace que l’Etat-nounou.

Dans une société libre, le contrôle étatique ne peut pas se substituer à la conscience et à l’intelligence personnelles de renoncer à consommer des substances nocives, ou de consommer avec modération celles qui peuvent l’être. Or, en niant l’éthique de la responsabilité, l’Etat-nounou affaiblit non seulement la libre entreprise et la liberté de choix des consommateurs, mais corrompt l’esprit humain, qui consiste précisément à opérer de tels choix (et à apprendre de ses erreurs).

La liberté individuelle n’implique pas de s’abandonner à ses impulsions et à ses désirs immédiats (ce qui est le propre des enfants avant l’âge de raison), mais le plus souvent de faire preuve d’autocontrôle, d’accepter des renoncements, voire parfois d’importants sacrifices, pour un bien ultérieur ou durable, qu’il s’agisse de sa santé ou de sa prospérité, ou de celles de ses proches. C’est pourquoi l’Etat-nounou est d’abord une insulte à l’humanisme de la responsabilité, de l’autodiscipline et de la confiance.

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