Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

La France apaisée d’Emmanuel Macron

En politique, il faut se méfier des slogans. Souvent ils affirment une chose pour cacher le contraire. Prenez le slogan «la France apaisée», choisi comme message clé par Marine Le Pen. Il est apparu nettement la semaine dernière lors du débat télévisé que cet « apaisement » n’était pas en phase avec l’attitude agressive de la candidate frontiste. De même, le «choisir la France» de son affiche a été compris par beaucoup comme un «exclure les étrangers», préférence nationale et droit du sang obligent.

Maintenant qu’Emmanuel Macron a été élu, comment comprendre les mots-clés dans lesquels il a encapsulé son message ?  «En marche», le nom de son parti a généralement été interprété comme la promesse de ces fameuses « réformes», mot-valise s’il en est. Pour ou contre, beaucoup d’électeurs ont interprété les réformes d’En marche comme une probable «marche forcée» vers plus de libéralisme. Les «ordonnances» que prendrait le président Macron sans l’avis du parlement pour démanteler (ou libéraliser selon où on se place) le droit du travail faisait ici office de marqueur.

Mais l’économie française a-t-elle  vraiment besoin de nouvelles réformes susceptibles de déclencher blocages, grèves et de radicaliser encore plus les divisions ? Emmanuel Macron ne le pense probablement pas. D’autant plus qu’il est à l’origine directe ou indirecte des trois principales réformes économiques menées durant l’ère Hollande : la baisse des charges des entreprises au travers du CICE, la libéralisation de la concurrence au travers de la loi Macron et celle du travail avec la loi El Khomri.

Naturellement, on peut penser que ces réformes ne vont pas assez loin ou qu’au contraire leur brutalité est d’autant plus insupportable qu’elles seraient inefficaces. La réalité est que Monsieur Macron, comme n’importe qui, n’en sait rien. L’économie met beaucoup plus de temps à réagir que l’opinion comme l’a appris l’impopulaire François Hollande. Entre le moment où une entreprise retrouve des marges et celui où elle embauche, cela peut durer des années. La loi sur le travail remonte à septembre et on ne mesurera pas avant longtemps l’influence macroéconomique de la possibilité de faciliter le chômage technique ou d’adapter le temps de travail aux niveaux des entreprises. Idem en ce qui concerne le marché des cars ou l’ouverture des magasins le dimanche.

L’instabilité fiscale et légale est par contre une plaie bien connue de l’économie française. On ne voit pas très bien pourquoi Emmanuel Macron prendrait le risque de braquer le pays pour finir comme Juppé avec les retraites ou de Villepin avec le contrat premier emploi. Dans son programme, il a d’ailleurs décidé de ne quasi pas bouger sur les retraites, de ne baisser qu’un seul impôt et de réduire le poids de l’état et partant les déficits à un rythme d’escargot. Bref, «En marche» propose surtout de ne pas trop bouger.

La question reste ouverte de savoir comment ce programme économique sera affecté par les négociations pour les élections législatives ? Comme tout programme celui d’Emmanuel Macron est évidemment négociable. D’autant que ses contours ne sont pas définis idéologiquement et que les 66% réalisés dimanche donnent un peu de marge. En plus, en n’ayant rien eu à concéder pour être élu, il a gardé les mains libres pour préciser ce programme en fonction des nécessités ou des opportunités politiques qui vont se présenter maintenant. Cela dit, entre une baisse d’impôt supplémentaire là, ou une mesure sociale supplémentaire ici, on ne va pas renverser la table.

Le vrai problème c’est que d’ici les législatives et plus encore après, Emmanuel Macron ne pourra pas donner l’impression de ne pas réformer. La politique à l’époque de twitter impose d’occuper en permanence le terrain même quand une présidence s’esquisse comme celle d’un roi fainéant tel que Donald Trump aux Etats-Unis.  

Comme le président américain le nouveau président français a toutefois le terrain militaro-diplomatique pour prouver son activisme. Il a d’ailleurs placé la lutte contre le terrorisme en tête de ses priorités. On pourrait aussi voir réapparaitre des initiatives significatives sur le front de l’Europe de la défense maintenant que Londres n’est plus là pour torpiller toutes tentatives. Le slogan «ensemble» du candidat s’incarnerait dans sa diplomatie.

Reste qu’Emmanuel Macron va devoir résister à la pression de ceux qui ne cesseront d’affirmer que « cette fois les réformes sont indispensables faute de quoi… en 2022… » La question est cependant plus de savoir si celles engagées seront efficaces d’ici là que d’en imposer de nouvelles. Pour apaiser la France.

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