Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

La FINMA, ami ou ennemi ?

Il fût un temps où la finance en Suisse était respectée et respectable. Il fût un temps où quand on avait envie de développer un business financier on n'était pas immédiatement castré et considéré comme un criminel ensuite.

Visiblement cette époque est révolue. À force d'entendre les acteurs du monde financier suisse se plaindre, je pense qu'il est peut-être temps de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas: «La FINMA n'a pas vocation d'aider au développement de la finance en Suisse, mais plutôt d'empêcher toute velléité d'indépendance ou de développement.»

Ces mots ne sont pas lancés en l'air. Depuis des années, dans la banque où je travaille, j'ai eu l'occasion d'entendre les plaintes à répétition des professionnels qui tentent d'interagir avec la FINMA (non par choix mais par obligation), les anecdotes se comptent par centaines: brimades, mauvaise foi, incompétence, délai de réponse colossal, sous-effectifs... et la liste est encore longue.

On a le sentiment que l'autorité supérieure de la finance en Suisse n'a pas pour but de développer le business, mais au contraire de l'empêcher de croître naturellement en appliquant la stratégie de l'épuisement administratif. Quand vous vous présentez devant eux, ils ne voient pas en vous un client potentiel ou une société avec laquelle ils peuvent espérer collaborer et développer des projets positifs, non ! D'entrée de jeu, vous êtes considéré comme un criminel en fuite, apôtre de Bernie Madoff qui n'a pour but que de piller les stocks d'or de la BNS.

Pour les avoir fréquentés un peu, ils ne font que renforcer ma haine vis-à-vis de l'administration. La FINMA ne vous considère pas comme un partenaire, mais plutôt comme le type à qui il faut expliquer qu'il n'a ni le niveau, ni les compétences, ni la structure pour faire partie de l'élite financière en Suisse. Quand vous venez demander quelque chose, vous êtes l'ennemi, celui que l'on doit éradiquer par tous les moyens. Le plus efficace étant les trois mois de délai entre chaque courrier « parce que, vous comprenez, nous sommes débordés », ou alors le « nous étudierons votre dossier (qui est fini et complet) en fin de semaine ». Pourquoi en fin de semaine ? « Mais parce que, mon bon Monsieur, parce que. »

Aujourd'hui, vous vous demandez pourquoi il n'y a pas plus d'innovation et de gens qui se lancent dans le business de la finance. C'est que pour obtenir le droit de travailler il faut passer par des gens qui n'ont aucune intention de vous laisser faire au nom de la réglementation. Si vous voulez obtenir une autorisation d'exercer auprès de Berne, il vous faudra remplir une liste de documents, avoir une structure adéquate et compétente.

Jusque-là, rien de bien surprenant ni d'anormal. Là où cela devient drôle, c'est quand la liste en question est à tiroirs: chaque fonctionnaire peut la modifier à son goût et changer d'avis comme de chemise. En revanche, allez à l'étranger, et soudainement vous serez considéré comme un vrai partenaire, une vraie personne, avec qui on peut espérer faire du business. Croyez-moi, ça fait bizarre.

Ces prochains temps, nous allons certainement faire face à des années compliquées dans ce métier. Une chose est sûre, ce n'est pas la FINMA qui va nous aider à survivre et à nous adapter. On ne joue pas dans la même équipe. Mais les gens en ont marre et il ne faudra pas s'étonner si un jour la Suisse n'abrite plus que des fonctionnaires qui hésitent à autoriser des choses.

 

Bud Fox

 

bud.fox.qdb@gmail.com

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