<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La fin des tabous

«Une crise est trop précieuse pour être gaspillée.»

Cette phrase de l'économiste de Stanford, Paul Romer, déploie toute sa saveur. Que ce soit dans le domaine de l'économie publique ou privée, la crise permet de réaliser des audaces jusqu'ici insoupçonnées. Qui aurait pensé que les constructeurs automobiles s'en remettraient à l'Etat? Que les banquiers suisses eux-mêmes commenceraient à se poser des questions sur l'intangibilité du secret bancaire? Et que des groupes de presse se rapprocheraient par-delà le Röstigraben.

Que ce soit dans le domaine de l'automobile, de la banque ou des médias, l'heure est grave. Faut-il s'en remettre à la manne publique comme le pense GM ou Renault, à la négociation entre les Etats dans le cas des banques ou au regroupement des forces comme dans les médias? Chacun des secteurs mentionnés doit à la fois faire face à un ralentissement économique historique et à un changement complet du cadre de son activité.

Il ne faut pas gaspiller les crises, car elles servent souvent à mettre au jour des tendances profondes qui leur préexistent. L'automobile n'a pas su percevoir que la vague verte finirait par atteindre tous ses clients; la banque suisse n'a pas voulu voir que l'oreiller de paresse que constitue le secret bancaire a retardé la mise en place d'une stratégie alternative; la presse a traîné pour trouver des moyens d'être sexy sur le Web alors que, de Google à Twitter en passant par Facebook, chaque jour des gars de 25 ans lui volent lecteurs et annonceurs.

Cette ère correspond donc à la fin des tabous. Chacun teste les limites de sa pudeur: des entreprises privées qui demandent le soutien de l'Etat aux banquiers qui lèveront tôt ou tard un pan du voile apposé sur le secret bancaire en passant par des groupes de presse qui s'allient au niveau national quand leurs concurrents sont globaux. A bien la relire, cette dernière initiative n'est de loin pas la plus extrême, contrairement à ce que les sceptiques au rapprochement d'Edipresse et Tamedia semblent croire. A la fin, il y aura toujours des voitures, des banques et des médias. Le principal défaut de cette crise, c'est que ses commentateurs n'ont pas tous assez d'imagination pour penser qu'elle se terminera un jour.

Photo: Stéphane Benoît-Godet / © D.R.

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