<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La fin des economistes?

A différents moments de l’histoire, les intellectuels ont été déboussolés. La fin des repères a conduit à une perte de sens.

C’est dans ces moments-là qu’a été décrétée à plusieurs reprises la fin de l’histoire, le dernier en date étant Francis Fukuyama juste avant la chute du mur de Berlin. Drôle d’idée bien sûr mais concept intéressant, les intellectuels servant à nourrir la réflexion.

Serions-nous aujourd’hui arrivés à la fin de l’économie? Car cette fois les économistes ont bien du mal à savoir où nous en sommes. Leur analyse de l’état de l’Union européenne le démontre. Avant l’été, on nous promettait la chute de l’Espagne après celle de la Grèce, la fin de l’euro et on blâmait Angela Merkel, la timorée. Pendant l’été, une série de statistiques ont démontré qu’au contraire la situation s’améliorait.

Les économistes se tromperaient-ils? Rassurons-nous, cela a toujours été à peu près le cas. Mais là, c’est devenu tellement frappant que c’en est gênant. Observez le débat qui les rend tous fous sur le thème «faut-il soutenir l’économie par des mesures de relance ou au contraire assainir les finances des Etats?».

Tous savent que la dette colossale contractée par les Etats à partir de 2008 pour soutenir le système financier international peut potentiellement écraser nos économies. Mais tous savent aussi que ce n’est pas une fatalité. La dette qui grandissait chaque seconde sur les écrans de Times Square à la fin de la présidence Reagan n’a pas empêché les Etats-Unis de continuer à prospérer pendant trois présidents. La nouveauté, c’est que la capacité de résilience du pays semble moins forte avec un chômage postcrise toujours élevé.

Certes, tous les Etats n’ont pas le dollar pour effacer leur ardoise. Et le boom de la «relique barbare» démontre que si l’or est si sexy, c’est que les investisseurs préfèrent miser sur un métal extrait des profondeurs de la terre plutôt que dans les abstractions conçues par les économistes ces derniers millénaires, que ce soit de simples monnaies ou plus récemment des obligations, des actions et des produits financiers hautement sophistiqués. Pas forcément rassurant.

La fin de l’économie recouvre-t-elle alors une certaine réalité? Nos économies sont pourtant prêtes à tourner à plein régime, celle de la Suisse en tête, et nous sommes peut-être à l’aube d’une nouvelle grande ère de prospérité. Ou à deux doigts d’une crise majeure et proche de l’éventualité d’une guerre d’ici à cinq ans. Quand on vous disait que les économistes sont perdus.

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