Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

La fin des commentaires

Depuis que nous lisons la presse sur Internet, la possibilité de laisser un commentaire de façon anonyme ou non au bas d’un article, a été un des points forts de l’expérience en ligne. Avec l’arrivée en 1993 des premiers logiciels de création de blogs, le phénomène s’est encore accentué, l’option “commentaire” étant intégrée de manière automatisée dans ce nouvel outil de publication.

Mais voilà que de nombreux sites, BloombergThe Verge, Reuters, The Chicago Sun-Times, Vice Motherboard, CNN, pour n’en citer que quelques-uns, décident les uns après les autres de supprimer cet espace d’échanges avec leurs communautés, soit complétement, soit sélectivement pour certains sujets sensibles, comme les manifestations de Ferguson.

A juste titre, les éditeurs se plaignent de comportement abusif de la part de leurs lecteurs, favorisant une culture d’agressivité et de haine. De plus, ils doivent faire face au déluge de spams, ces messages publicitaires non sollicités, et des trolls, ces participants dont la seule volonté et celle de faire monter le ton et de créer une polémique.

Même les médias qui souhaiteraient garder les commentaires sont défaits par le temps et les ressources nécessaires pour les modérer, au détriment d'un «vrai travail de journalisme».

Certains comme Quartz et Medium expérimentent des options au modèle classique, qu’ils appellent respectivement Notes et Annotations. Ils permettent aux lecteurs de commenter sur un chapitre en particulier, dans la marge de l’article. 

Le Washington Post, le New York Times et d’autres titres ont créé un groupe de réflexion baptisé «Coral Project». Ensemble, ils essayent d’imaginer de nouvelles formules d'interactions pour favoriser l’engagement du lecteur.

D’autres solutions nous laissent sans voix, comme celle du site technologique Vice, qui propose aux lecteurs qui souhaitent réagir d’envoyer une lettre à l’éditeur, comme au siècle passé. Ou celle de CNN, qui les invite à se rendre sur les réseaux sociaux pour poursuivre la conversation.

Détourner son lectorat, un pari risqué. En créant une communauté au sein d’une plateforme propriétaire comme Facebook, le réseau social en sera bénéficiaire, au détriment du journal.  

Mais il y a également une nouvelle donne, comme le souligne Pedro Bruges dans Medium. L’actualité étant de plus en plus consultée depuis les smartphones, les commentaires pourraient diminuer. Tapper un texte long réfléchi sur son portable est plus pénible que depuis son ordinateur ou sa tablette. De même, l’introduction des «émojis de réactions», en extension au fameux bouton «Like», lancés par Facebook la semaine passée, pourraient sérieusement écourter les conversations.

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