<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La fin de la vie privée?

Faut-il protéger la vie privée ou le droit à l’information?

Tout cela n’a rien de théorique. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a annoncé en janvier que la vie privée n’était désormais plus une norme sociale. Une ironie de l’histoire au moment où, de l’autre côté de l’Atlantique, les banquiers suisses tentent de sauver le secret bancaire et la notion de protection de la sphère privée qui l’accompagne. Cette profession, comme d’autres dans leur domaine respectif, trouve une justification sociale à ne pas dévoiler la nature de ses relations avec son client pour préserver l’intégrité de l’individu face aux risques qui peuvent naître de la toute puissance de l’Etat.

En Europe, la peur des polices politiques qu’inspire l’histoire justifie cette prérogative. Aux Etats-Unis, la patrie de Facebook avec ses 400 millions de membres disposés à tout dire de leur intimité et de Google dont l’ambition est de cartographier les rues du monde entier, la vision de l’enjeu est tout autre (lire page 22). La protection de la vie privée n’est pas un droit de l’homme fondamental mais au mieux un moyen de défense du consommateur.

Cette notion de vie privée est-elle dépassée pour autant? Sûrement pas. Mais au vu de la volte-face de nos autorités sur la question du secret bancaire, les plus grands ennemis de cette notion ne se trouvent assurément pas dans la Silicon Valley. Car un gouvernement qui «donne» des noms à une autorité étrangère, qui trouve normal qu’un autre Etat tente d’acheter des fichiers volés recensant des personnes protégées par ses propres lois, c’est exactement ce que l’ordre juridique suisse avec le secret bancaire promettait d’empêcher. Quand un impératif moral est abandonné par ses défenseurs, ses assaillants risquent d’emporter facilement la bataille. Demain, nos relevés bancaires seront-ils disponibles sur Facebook? Ne demandez pas à Berne, ils pourraient dire oui.

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