Antoine Verdon

ENTREPRENEUR ET INVESTISSEUR, ZURICH

Antoine Verdon crée sa première société, Sandbox SA, après des études de droit à Fribourg et à Saint-Gall, puis dirige un fonds d'investissement basé à Zurich, actif dans les fintechs. Il conseille actuellement plusieurs banques en matière de digitalisation et lance un nouveau projet à l'intersection de la technologie et du secteur juridique. En 2010, il est nommé par le magazine L'Hebdo parmi les « 100 personnalités qui font la Suisse romande ».

La fin annoncée des grandes banques

Qui signerait encore un contrat pour un service bancaire sans jeter un oeil aux petits caractères? Les risques démesurés pris par certaines et l’arrogance des autres font qu'on ne fait plus confiance aux banques aujourd'hui. 

Comme par hasard, c’est en ce moment que toute une série de nouveaux services est en train de débarquer sur le marché. Les banques traditionnelles font de tout: placements, crédits, financements d’entreprises, transferts de fonds. De jeunes entreprises, très flexibles les concurrencent en se concentrant sur un seul produit, offrent un service irréprochable et ambitionnent de devenir leader du marché.

Placement et prêts

Conserver les économies de ses clients et prêter de l’argent à d’autres est la fonction de base d’une banque. De nouveaux services basés sur le modèle peer-to-peer sont en train d’apparaître. Le leader du secteur est Lending Club, une start-up américaine qui a reçu un investissement de 100 millions de la part de Google il y a quelques mois. La société offre un taux d’intérêt très intéressant (dépassant parfois les 10%) pour les clients ayant de l’argent à placer.
 
D’un autre côté, elle offre des crédits à des taux plus avantageux que ceux offerts par les banques. Cela est rendu possible en mettant directement ensemble des groupes de personnes ayant des intérêts complémentaires, sortant totalement les banques de l’équation. Le groupe Rocket Internet est en train de lancer un concurrent, Lendico, pour l’instant présent en Allemagne. 

Asset Management

99.9% des personnes qui investissent en bourse n’arrivent pas à battre le marché sur le long terme. C’est la raison pour laquelle les stratégies de placement les plus utilisées consistent à répliquer des indices. C’est ce que vous proposera votre conseiller bancaire, contre des frais de gestion par an élevés (1.36% des avoirs annuels en moyenne internationale). Financial Guard aux Etats-Unis ou Nutmeg en Angleterre analysent votre propension au risque et vous permettent de choisir parmi plusieurs stratégies de placement dignes de celles que l’on vous proposerait dans de grands établissements. Tout cela pour des frais divisés par quatre.
 
Avec quelques additions intéressantes: Nutmeg vous permet par exemple de contrôler l’état de vos investissements en tout temps. Quand une classe d’actifs s’est mieux portée que les autres, la pression d'un bouton suffit pour rebalancer votre portefeuille. 

Paiements internationaux

Les banques prennent des commissions généreuses sur les paiements internationaux: frais de transfert, commission sur le taux de change, par la banque émettrice et par la banque réceptrice. De nombreuses solutions permettant des transferts à frais très réduits sont lancées chaque semaine - le paiement est en ce moment le secteur le plus actif de la e-finance. Dwolla et Transferwise sont les leaders de ce marché.

Avec tous ces produits en voie de leur échapper, que va-t-il rester des banques? Leurs principaux atouts sont leur force de vente et leur présence géographique. On peut imaginer que faute de pouvoir se renouveler assez rapidement à l’interne, elles procèderont à de nombreuses acquisitions ces prochaines années, comme le font déjà les grandes entreprises du web et celles du secteur pharmaceutique. 
 
Le secteur bancaire se situe au même point que celui du voyage au début des années 2000. Autrefois, les agences donnaient accès au voyage: pas moyen de prendre l'avion ou de réserver un hôtel à l'étranger sans elles. Aujourd'hui, celles qui ont survécu se sont spécialisées dans des segments spécifiques. Les banques vont faire face au même défi ces prochaines années. C'est une opportunité incroyable pour les entrepreneurs, mais pour les grandes banques traditionnelles, les beaux jours sont bel et bien terminés, même si peu d’entre elles semblent l’avoir encore réalisé.
 
Disclaimer: Directeur de Centralway Ventures à Zurich, je suis spécialisé dans les investissements dans la finance en ligne et nous détenons une participation dans l'entreprise Lending Club, mentionnée dans cet article.

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