Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

La FED a des fuites et tout le monde se tire en courant

Comme vous pouvez le constater, l’ambiance est au beau fixe. Déjà la semaine prochaine, c’est la rentrée scolaire, les vacances sont finies, il n’y a donc pas de quoi sauter de joie, mais en plus, j’ai le sentiment que chaque jour qui passe nous apporte son lot de déceptions et de preuves comme quoi, c’est sûr, cette fois on ne va pas échapper à la claque de l’année sur les marchés financiers. Le sauve-qui-peut est à nos portes, la seule question qui reste à résoudre étant :

Qu’est-ce qu’on va faire de tout ce cash que l’on aura sur nos comptes une fois que l’on aura tout vendu? C’est encore les banques qui vont faire du pognon avec les taux négatifs! 

En tous les cas, si c’était à refaire, je ferais « Banque » comme métier. Oui, parce que dans le football on dit : « C’est un jeu simple; 22 hommes courent après un ballon pendant 90 minutes et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent ». Et en finance, on dit à peu près la même chose : « Que le marché monte, que le marché baisse, que nous soyons en crise ou que nous n’y soyons pas, à la fin c’est les banques qui gagnent. » Attention, je n’ai pas dit: « je ferais employé de banque comme métier »; non, je ferais banque, tout court.

Bref, tout ça pour vous dire que l’on peut résumer les choses comme on veut, la conclusion d’hier soir étant que :

1)     Le Pétrole : c’est pourri –

2)     Les Marchés : c’est pourri –

3)     Apple : c’est pourri –

4)     La Chine : c’est pourri –

5)     La Grèce : c’est pourri, mais on l’a sauvée quand même (ou presque); 

6)     Et la FED a des sacrés problèmes de sécurité; 

7)     Comme Ashley Madison d’ailleurs.

Une claque pour l'Europe 

Commençons par l’Europe.

Hier, évidemment, on a commencé la journée avec des angoisses légitimes sur la Chine. Encore. Oui, au cas où vous ne seriez pas au courant, il semblerait que le gouvernement local est en pleine panique, essayant par tous les moyens d’enrayer la baisse de leurs indices boursiers. Et pendant que le gouvernement chinois tente de freiner la chute, les stratèges et autres analystes européens, analysent. Et ce qu’ils analysent, c’est que la Chine est en train de planter les freins sur la route de la croissance.

Une fois cette certitude acquise – celle que la Chine est en plein ralentissement et que 7% de croissance annualisé est devenu un pur fantasme – il n’y a pas besoin d’avoir un Master en finance ou en chirurgie plastique pour se dire que si la Chine ralentit, les matières premières, ça va beaucoup moins bien se vendre et si ça se vend moins, pleins de boîtes, européennes entre autres, vont gagner moins de pognon, ce qui arrange moyennement les actionnaires de ces dernières.

Sans compter qu’avec notre croissance exsangue en Europe, on comptait un poil sur les Chinois pour venir acheter des sacs en plastique Louis Vuitton et autres gadgets que seule l’excellence européenne peut encore fournir.

Mais si en plus, ils nous laissent tomber, on est mal.

Donc l’Europe s’est prise une nouvelle claque hier, à cause de la Chine qui baisse, à cause du pétrole qui baisse, à cause des matières premières qui baissent. Même si la Chine a renversé la vapeur hier matin – après avoir baissé de 5%, l’indice est remonté dans le vert suite à des rumeurs comme quoi le gouvernement pourrait encore une fois tenter une redynamisation du marché durant le week-end en coupant les minimas des ratios de réserve des banques – ce n’est que pure spéculation, mais on y croit – même si rien n’a fonctionné jusque-là, on peut toujours rêver.

Mais peu importe, même le rebond de la Chine n’a pas fait rebondir l’Europe qui semble être dans un marasme noir. Même le vote positif du parlement allemand en faveur de la Grèce n’a pas fait réagir les indices du Vieux Continent à la hausse, mais au contraire l’anticipation de la publication des minutes du FOMC meeting du mois passé a précipité encore le Sell-Off en fin de séance. Le Dax abandonne encore plus de 2%, à croire que la Grèce va sortir de l’Euro et que Draghi a fermé les robinets du QE.

La FED et le vilain petit canard 

Aux USA, c’est un peu le même type d’ambiance, mais on rend les armes moins facilement. Pourtant en début de séance, c’était également l’Apocalypse selon la Chine, le Dow Jones plantait de plus de 200 points et les ours commençaient à danser devant le bâtiment du New York Stock Exchange, chantant à tue-tête la chanson qui dit : « on vous l’avait dit, on vous l’avait dit, on vous l’avait dit »…

Et puis, alors que les minutes du FOMC meeting étaient attendues à 14h00, Bloomberg a rippé sur la touche « enter » et on a tout su dès 13h36 – prouvant encore une fois, s’il restait le moindre doute, que vis-à-vis des marchés financiers, nous sommes tous égaux. Sauf ceux qui sont plus égaux que les autres, mais ceux-là, ils ne lisent pas ma chronique.

Ce qu’il faut retenir des Minutes du FOMC Meeting, c’est qu’il y avait UNE personne de la FED – on l’appellera le vilain petit canard – qui voulait monter les taux déjà le mois passé. Le reste de ses copains (et copine) lui ont rapidement fait comprendre que l’économie US n’avait pas encore rempli toutes les conditions pour pouvoir supporter la chose. Le marché est remonté sur la nouvelle – gardant un secret espoir comme quoi éventuellement peut-être, il se pourrait que la FED ne monte pas les taux cette année - mais le feu d’artifice n’était que de courte durée, même s’il permettait pourtant de limiter la casse. Il faut dire que la Chine pèse tout de même sur le moral des intervenants, puisque sans chercher trop loin, vous trouverez facilement une douzaine de stratèges qui viendront aujourd’hui sur CNBC pour dire que le ralentissement chinois pose tout de même un sacré problème aux USA.

Au bilan final, les Minutes nous disent tout de même que la FED a (presque) tous les arguments pour monter les taux tout prochainement.

Et puis chaque jour qui passe, le pétrole se fait démonter un peu plus. Hier, il a touché un nouveau plus bas depuis 2009. L’ambiance est au top dans le secteur. La publication des chiffres de l’EIA a laissé apparaître que, JAMAIS depuis 80 ans, les inventaires n’avaient été aussi hauts. Ce matin, le baril est à 40.53$, et si l’on en croit les différentes opinions à la mode en ce moment, ce n’est que le début de la fin.

Ce qui nous ramène au CPI américain également publié hier. L’inflation est de 0.1% - ce qui n’est pas non plus l’exemple typique d’une inflation galopante sur une plage au couché du soleil. Au contraire, ça fait un peu famélique. Du coup, on peut se demander si la FED est vraiment dans l’URGENCE de monter les taux.

À leur décharge, il faut reconnaître que la relative faiblesse du CPI est principalement due au prix du baril qui a toujours les pieds dans un bloc de béton, et ça n’aide pas.

L’or semble ENFIN redevenir une valeur refuge, c’est de nouveau trop cool de se faire livrer des lingots pour construire une table de salon durant le week-end. Le métal jaune est au plus haut depuis un mois. Une once d’or pour aller acheter le pain vous coûtera 1138$, ce qui va tout de même laisser beaucoup de pain pour donner aux canards ou alors pour faire du pain perdu. Au cas où vous choisiriez de faire du pain perdu, je vous met la recette ci-dessous :

Temps de préparation : 15 minutes

Temps de cuisson : 15 minutes

Ingrédients (pour 4 personnes) :

- 25 cl de lait

- 3 oeufs

- 75 g de sucre de canne

- 6 tranches épaisses de pain paysan

Préparation de la recette :

Mixez les oeufs le sucre et le lait.

Mouillez-y les tranches de pain.

Deux solutions :

- Soit passer à la poêle dans du beurre.

- Soit beurrer légèrement un plat à gratin, y répartir les tranches, verser le reste du mélange (ajouter du sucre si envie), laisser cuire jusqu'à que les tranches soient dorées.

Feu vert allemand

En conclusion, l’ambiance n’est pas très folichonne, et on est tous en train d’attendre la prochaine forte baisse du marché. Entre ralentissement de l’économie chinoise, hausse des taux à venir et des « death cross » un peu partout sur les graphiques, sans compter l’article de McClennan annonçant une fin d’année horrible qui repasse en première page de Marketwatch depuis 4 jours, on est prêt pour le krach.

Le seul problème, c’est que les krachs annoncés sont beaucoup moins fréquents et surtout moins drôles.

À propos de « deaths cross », après celle sur le Dow Jones, on retiendra celle sur Apple qui se dessine actuellement. Alors les défenseurs de la pomme vous diront que ces « deaths cross », ça marche une fois sur deux. En effet, même pas. Par contre, c’est comme les « golden cross » (la version bullish), ça ne fonctionne pas toujours, mais la dernière fois que l’on en a eu une sur Apple – eh bien depuis, le titre a doublé. La méfiance est à son comble sur Apple, le sentiment est très mauvais, et en plus c’est un titre que les « neinsagers » attendent de voir baisser depuis tellement longtemps que l’occasion est trop belle pour lâcher le morceau.

Autrement, ce matin l’Asie est dans le rouge. Le Nikkei perd 0.25%, le Hang Seng recule de 1.25% et la Chine baisse de 0.4% - bien que c’était bien pire ce matin très tôt. On a toujours un espoir que les manipulations du gouvernement vont fonctionner (enfin) ce week-end et dans le doute, les shorts auraient l’air couillon si le marché rebondissait. De plus, il semblerait que le fonds souverain chinois est en train de prendre des paris massifs sur leurs propres indices. Et il se pourrait qu’ils soient bien informés.

Dans les nouvelles du jour, on parle de la hausse-des-taux-qui-arrive-selon-la-fed, de l’Allemagne qui a voté oui au bailout de la Grèce, et TOUT LE MONDE s’en fout, alors que l’on ne parlait QUE de ça il y a 2 mois encore… C’est hallucinant comme les marchés financiers sont capables de passer à autre chose à la vitesse de la lumière. On parle aussi du pétrole qui se fait démonter tous les jours un peu plus et de Audi qui va commercialiser un SUV électrique qui vous permettra de faire 500 kilomètres sans recharger. En gros, vous pourrez faire Genève-Zurich et en rentrant à Genève vous tomberez en panne dans la grande banlieue d’Yverdon-les-Bains.

Le Barron’s est plein d’enthousiasme ce matin. Tout d’abord ils ne sont pas convaincus que la hausse des taux soit aussi évidente. Ils parlent de déflation et prêchent en faveur d’une non-hausse des taux. Ils disent aussi que le Nasdaq est un mort-vivant et que les « Blue Chips » sont le ciment qui permet au marché des actions de ne partir en total désuétude. Ils se demandent aussi s’il n’est pas temps de revenir sur les marchés émergents. Et ils conseillent deux-trois trucs pour profiter de la volatilité qui revient sur les marchés, merci au pétrole et à la Chine.

What else ? Le géant de l’automobile indien Tata vient d’investir une « somme substantielle » dans Uber. Ça va faire plaisir aux taxis. Et côté chiffres économiques, nous aurons le trade balance en Suisse, le PPI en Allemagne, retails sales à Londres, les Jobless Claims aux USA, les ventes de maisons existantes, le Philly fed et puis il y aura aussi un type de la FED qui causera, en général ça ne donne rien, mais il suffit qu’il laisse entendre qu’il sait quelque chose mais qu’il ne peut rien dire, mais que l’on comprendra le 12 octobre, et ça peut tout changer.

Pour le moment, les futures sont en hausse de 0.2%. L’Euro/$ est à 1.1138, en folie depuis les minutes de la FED d’hier, le yen repasse sous les 124  à 123.95, le rendement du 10 ans américain est de 2.12% et le Bitcoin est toujours en dépression à 227$. 

Voilà, c’est assez déprimant ce qui se passe en ce moment, mais ne prenez pas tout au pied de la lettre, connaissant notre capacité à ne rien apprendre et à tout oublier, il n’est pas impossible que nous soyons tous en train de danser sur les tables dans deux semaines en buvant du champagne dans des canettes de bières et en mangeant du caviar à la louche parce qu’Apple a passé le trillion de capitalisation boursière.

En attendant, que dire et que faire, si ce n’est vous souhaiter un bon réveil et une très, mais alors très bonne journée. La bonne nouvelle, c’est que demain c’est vendredi !

Alors à demain.

Thomas Veillet

Investir.ch                           

“The man who can smile when things go wrong has thought of someone he can blame it on.”

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