RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

La famille et la fiscalité

Notre 18e enquête exclusive des 300 plus riches de Suisse donne une vision très contrastée de l’évolution des plus beaux patrimoines du pays. Une première tendance se dessine à nouveau: les plus riches, soit les multimilliardaires qui possèdent au moins 5 milliards, sont ceux dont la fortune progresse le plus vite. L’explication est simple: ils sont généralement actionnaires de grandes multinationales cotées en bourse qui ont vu le cours de leurs titres progresser singulièrement d’une année à l’autre (à l’exception de Patrick Drahi, qui vient de subir une forte correction du titre Altice). 

La seconde tendance indique que les riches qui quittent la Suisse sont souvent plus fortunés que ceux qui s’y installent. Même s’il existe toujours des exceptions, tels l’Ukrainien Gennadiy Bogolyubov cette année ou Alexandre Van Damme et Alicher Ousmanov en 2016. A l’inverse, l’homme le plus riche de Suisse, le fondateur d’Ikea, Ingvar Kamprad, a finalement quitté son havre vaudois pour revenir sur sa terre natale, idem pour le cofondateur de Brevan Howard, le Britannique Alan Howard. 

En fait, derrière ces arrivées et ces départs, outre les conditions-cadres de la Suisse, le sauvetage du forfait fiscal, etc., il y a généralement un aspect majeur qui reste un peu dans l’ombre: la situation familiale. Un décès peut inciter à partir, soit parce que l’on n’a plus certaines attaches, soit parce que la demeure familiale rappelle des mauvais souvenirs et que l’on souhaite tourner la page. C’est sans doute ce qui a incité Ingvar Kamprad à quitter sa maison d’Epalinges (VD) où il avait vécu plusieurs décennies avec son épouse Margaretha jusqu’à ce qu’elle décède voilà environ cinq ans.  

Des héritiers taxés

Outre la douleur qui entoure un décès, il y a aussi la problématique des droits de succession qui n’est pas forcément négligeable. Ainsi, les étrangers au bénéfice d’un forfait fiscal paient cher les droits de succession sur Genève. Cela a parfois contribué à trouver un équilibre financier à ce canton. Avec un taux de 6% à payer par le conjoint survivant, les sommes sont loin d’être négligeables. Dernier exemple en date: la succession du cofondateur de Trafigura, Claude Dauphin. 

Il n’y a pas qu’un décès qui peut influer  sur l’arrivée ou le départ d’une personne fortunée. Plus fréquemment, cela dépend des enfants, du fait qu’ils soient encore mineurs et scolarisés. A l’heure actuelle, ce ne sont pas moins de trois familles fortunées qui sont en train de quitter Genève à la suite du départ des enfants de la maison. Lorsque ces derniers vont étudier à l’étranger ou fonder une famille ailleurs, les parents concernés réévaluent les raisons qui les avaient incités à s’établir à Cologny (GE) ou Lutry (VD), plutôt qu’à Londres ou Monaco, par exemple. 

Des éléments difficiles à appréhender pour nos autorités, sauf peut-être au travers d’une réflexion sur la taxation des héritiers des forfaitaires. 

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