<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La controverse de La Chaux-de-Fonds

Vous souvenez-vous de la controverse de Valladolid ?

En 1550, les théologiens se lancent dans un long débat pour savoir comment ils devaient conquérir les nouveaux mondes à coloniser, une cinquantaine d’année après la découverte de l’Amérique par Colomb. C’est ce qui s’est passé avec l’affaire du calibre 1887 de TAG Heuer.

D’un côté, il y a un horloger suisse qui se voit contraint d’avouer avoir construit le moteur de sa montre sur la base de plans du Japonais Seiko pour partir à l’assaut des marchés. De l’autre, une communauté du Swiss Made qui jette la pierre au premier. Qui a raison, qui a tort ? Au-delà du cas, il est légitime qu’une industrie - fusse-t-elle celle de l’horlogerie - s’intéresse à ce qui se passe derrière les frontières suisses et reconnaisse le talent au-delà de l’étiquette patriotique. C’est le mouvement de mondialisation qui touche la production d’un secteur, comme tant d’autres auparavant. Seul problème, l’horlogerie suisse reste la première du monde notamment parce qu’elle a vendu son origine comme garantie de qualité.

Reconnaitre que d’autres font aussi bien, si ce n’est mieux, c’est prendre un risque. Il y a des mythes sur lesquels il ne vaut mieux pas trop tirer car quand le tissu commence à se déchirer, personne ne sait où cela s’arrête. Dans le cas du secret bancaire, le jour où il a été reconnu que cette protection pouvait être levée par simple pression politique, c’en était fini de tout l’édifice. Dans le monde des horlogers, un tabou a déjà sauté en quelque sorte puisque beaucoup parlent désormais publiquement des excellentes qualités des produits Seiko. Un sujet sur lequel aucun acteur majeur de l’industrie ne se serait risqué à se lancer auparavant. Swatch Group qui en a légitimement assez de faire du « Swatch Group Made » en fournissant toute une industrie qui n’a pas été capable de s’autonomiser du grand frère, ne s’attendait peut-être pas à voir un acteur important comme TAG Heuer chercher des solutions techniques ailleurs qu’en Suisse… Et ce dernier ne s’attendait pas à une telle bronca pouvant légitimement argumenter qu’à la fin son fameux calibre et la montre qui sera autour seront bel et bien « Swiss Made ».

Quant aux Japonais à qui, dans le domaine horloger, il ne manque plus que le design et le marketing, ils auront forcément leur vision des choses. Et comme pour celle de Valladolid, l’issue de la controverse de La Chaux-de-Fonds, siège de TAG Heuer, éclairera d’un jour nouveau le développement de l’industrie.

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