Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

La contagion Brexit

Vous avez aimé le Brexit? Vous allez adorer le Honexit, le Tchexit, le Slexit, le Polexit et, pourquoi pas, in fine, le Frexit!

Soyons-en avertis: un Brexit peut en cacher un autre. Un divorce entre Londres et Bruxelles? Le verdict, sous forme de référendum, sera rendu le 23 juin prochain lorsque le Royaume-Uni se prononcera sur son avenir au sein de l’Union européenne. Osons le pronostic: si la Grande-Bretagne sort de l’Europe (le processus prendra tout de même deux ans, ne serait-ce que pour négocier les conditions du divorce et la garde de certaines relations!), on assistera à ce que les spécialistes de l’Europe des Vingt-Huit appellent déjà «la contagion Brexit».

Une contagion qui frappera, en premier lieu, des pays tels que la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne. Viendront, plus tard, à un degré moindre de contamination, le tour de la Suède et celui de la Finlande. Avec, en épisode final de la contagion, un inévitable débat en France sur l’opportunité ou non pour 65 millions de Français de demeurer actifs au sein de l’Union européenne: l’idée d’un Frexit fera son chemin. Tous ne mourront pas de cette contagion. Mais tous seront atteints.

La Hongrie ? C’est le pays de Viktor Orbán, grand architecte des nouvelles frontières anti-immigration, qui mesure sa politique d’ultranationalisme à l’aune des kilomètres de fils de fer barbelés déployés à ses propres frontières. La Hongrie qui se rapproche ostensiblement de la Pologne et de la Slovaquie, constituant ainsi un embryon de «nouveau bloc de l’Est» antilibéral et eurosceptique, œuvrant au sein d’une Union européenne totalement désemparée à l’idée d’un front interne potentiellement destructeur car porteur de tous les germes d’une future implosion européenne.

La Slovaquie? C’est le pays du premier ministre Robert Fico qui déclarait récemment: «Notre pays n’a pas à se prosterner devant la France et l’Allemagne!» La Slovaquie, qui avec certains de ses voisins incarne un clivage que l’on n’attendait pas à voir se concrétiser entre la «vieille Europe», celle de l’Ouest, celle des 6 membres fondateurs, celle de Jean Monnet et celle de Konrad Adenauer, et la «nouvelle Europe», celle de l’Est, celle de ces ex-pays satellites d’un empire révolu.

La Pologne? C’est le pays de Jaroslaw Kaczynski, lequel annonce qu’il ne prendra pas même la charge des 7000 migrants qu’il s’était publiquement engagé à accueillir. 

«Exit pour tous»

Ce serait donc «exit pour tous», à l’image d’une organisation portant le même patronyme, et qui promeut une fin de vie choisie, douce, légale, et respectant la volonté exclusive de chacun?

La contagion Brexit présente en outre une caractéristique politico-médicale révélatrice: le virus responsable de la contagion a été introduit (par erreur?) dans l’accord passé malicieusement, à l’instar d’un malware, entre le premier ministre britannique David Cameron aux abois et une Union européenne en plein désarroi! Entre autres dérogations accordées à la Grande-Bretagne figure une clause passée totalement inaperçue et précisant ceci: «En cas de maintien, la Grande-Bretagne est dispensée de l’obligation de former avec les autres pays européens une union toujours plus étroite!»

S’écroule ainsi, dans un fracas totalement imperceptible, tout un mur – et tout un avenir – de la construction européenne! De quoi donner des idées de désolidarisation à d’autres gouvernements européens.

Une dernière sortie à signaler? Oui! Et en Grande-Bretagne même, car la contagion Brexit ferait une toute première victime, David Cameron, terrassé par un virus qu’il se serait lui-même inoculé, contraint piteusement à la démission le soir même du vote sanction. Une sortie personnalisée qui aurait pour nom: un «Camexit»!

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