Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

La concurrence menace l’hôpital public

Depuis 2012, les patients peuvent choisir de se faire soigner dans l’hôpital de leur choix. Ils n’ont plus besoin d’obtenir l’autorisation de leur assurance-maladie complémentaire ou du médecin cantonal s’ils optent pour un établissement hors de leur canton de domicile. 

Ce libre choix a ouvert la voie à la concurrence entre hôpitaux. Les cliniques privées ont compris l’intérêt qu’elles pouvaient en retirer. La stratégie mise en œuvre par le groupe Hirslanden est à cet égard révélateur du combat qui pourrait affecter les hôpitaux publics. Ce n’est ainsi pas par hasard qu’il a décidé de s’installer pour la première fois dans le canton de Fribourg. Dans quelques mois, Hirslanden ouvrira un centre médical dans le bourg de Guin (environ 7500 habitants) aux portes du chef-lieu. Dix médecins s’activeront dans les soins de base, la cardiologie, l’orthopédie, la gastro-entérologie et la chirurgie viscérale. L’investissement s’élève à 5,9 millions de francs. 

En renforçant l’offre médicale dans la partie germanophone du canton de Fribourg, Hirslanden ne vise pas à satisfaire les besoins de la population, mais à attirer des patients potentiels pour une hospitalisation vers les cliniques qu’il possède dans les environs de Berne. Son arrivée à Guin suscite donc beaucoup d’inquiétudes. Car elle devrait nuire aux activités de l’Hôpital fribourgeois (HFR) qui possède son principal pôle d’activités à Fribourg et un site secondaire à Tavel fréquenté par les patients du district de la Singine. La crainte est d’autant plus vive qu’Hirslanden ou un autre groupe privé pourrait envisager d’ouvrir un centre médical similaire à celui de Guin dans le district de la Veveyse, au sud du canton, avec l’intention d’attirer les patients vers leurs cliniques lémaniques. 

Pour l’HFR et le canton, le risque est double. Si les interventions chirurgicales diminuent dans plusieurs domaines, l’HFR craint de ne plus pouvoir jouer dans la même catégorie que les autres hôpitaux cantonaux. Une perte d’attractivité qui ne permettait plus d’attirer les meilleurs médecins. Pour les finances cantonales, une augmentation des hospitalisations extra-cantonales génèrent des charges importantes (plusieurs dizaines de millions en 2013) car c’est le canton du domicile du patient qui doit supporter une partie de ces coûts. 

Les lois du marché dans le domaine de la santé pourraient ainsi faire un certain nombre de dégâts non seulement dans le canton de Fribourg, mais aussi dans d’autres régions du pays. Seule la qualité des prestations offertes par les établissements hospitaliers fera la différence. A terme, le nombre d’hôpitaux de soins aigus diminuera. C’est une certitude.

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