Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LA CHAUX-DE-FONDS/Le Musée reçoit la collection d'Erwin Oberwiler

Crédits: Flyer de la double exposition

Parue peu après les obsèques, l'annonce du décès d'Erwin Oberwiler, «survenu le 29 janvier 2017», annonçait clairement la couleur. Le Genevois d'adoption s'y voyait qualifié d'«architecte, amateur d'art et collectionneur». On savait l'homme très lié au Mamco. Il l'était tant par sa passion pour la création contemporaine que par son passé professionnel. Ce bâtisseur d'écoles avait transformé au début des années 1990, en collaboration avec Michel Buri et Serge Candolfi, l'ancien bâtiment de la Société des Instruments de Physique (SIP) en musée et Centre d'Art Contemporain (CAC). «Il venait presque tous les jours au Mamco», se souvient David Lemaire. «Il avait l'intention de se faire l'historien de l'Amamco.» Ce groupe d'amis a pris le relais de l'AMAM, ou Association pour un musée d'art moderne, après l'ouverture de ce dernier en 1994. 

Restait la collection, qui se cherchait un destin. Celui-ci faisant parfois bien les choses, l'affaire s'est réglée alors que David Lemaire restait conservateur au Mamco en attendant de reprendre les rênes du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. «Erwin Oberwiler n'avait pas de descendants. Il n'avait manifesté aucune intention précise. Sa sœur Doris, restée dans leur petite ville de Thal dans le canton de Saint-Gall, souhaitait trouver un lieu où les œuvres acquises par son frère resteraient groupées.» Le Mamco, qui a déjà accepté l'important fonds des époux Widgren, ne semblait pas l'endroit idoine, même si les deux collections divergent sur le fond. «Claudine et Sven Widgren se voulaient plus internationaux. Oberwiler s'intéressait à ce qui se faisait des deux côtés de la Sarine. Il était bilingue et retournait fréquemment en Suisse alémanique.» Un cas rare. Les Romands voient plutôt du côté français, tandis que les Alémaniques portent en général leur regard vers l'Allemagne.

Mille pièces 

L'homme achetait beaucoup. «Comme le Genevois André L'Huillier, il se sentait le devoir de soutenir la scène locale. Plasticiens et galeristes.» Il y mettait presque tout son argent, vivant longtemps en ermite dans une grange de Malval avec vingt-quatre chats. Son fonds contient du coup environ 1000 numéros, entrés d'un coup au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds. «Pour notre institution, c'est un peu une tradition», explique David Lemaire, qui a donc succédé ici à Lada Umstätter. «Il y a eu les toiles modernes des époux Junod. Elles occupent une salle patrimoniale assez inamovible. Est ensuite venu le dépôt, puis le don, des pièces contemporaines suisses et américaines d'Olivier Mosset. Artiste et collectionneuse, Emilienne Farny s'est montrée très généreuse en Art Nouveau jurassien.» 

Il a bien sûr fallu inventorier le nouveau lot, «mais nous pensions avoir le temps en raison de la fermeture, alors prévue, de tout le musée pour travaux.» Ce n'est donc pas le cas, puisqu'un choix de pièces se voit aujourd'hui proposé au premier étage. «Seul un dixième des œuvres reçues nous pose des problèmes. 562 d'entre elles ont été cataloguées en très peu de temps. Il existe comme point de départ le catalogue d'une exposition de la collection à Olten en 1999. Erwin Oberwiler a aussi apposé sur les œuvres les numéros d'un inventaire réalisé en 2002. L'ennui, c'est que cet inventaire n'a pas été retrouvé...»

Oeuvres de petite taille

La présentation actuelle se mêle sans heurts aux tableaux choisis par David Lemaire sur le thème du monochrome (1). Il s'agit souvent de réalisations de petites tailles. «Il n'y a que quatre ou cinq grandes toiles.» D'où un accrochage parfois en nuages. Le choix commence avec les acquisitions de 1958, quand Erwin Oberwiler avait 23 ans. Ce sont des gravures de Jean Arp, sculpteur très lié à la Suisse. L'amateur s'est ensuite diversifié, tant sur le choix des plasticiens que celui des genres. «Il s'offrait souvent une seule chose d'un auteur, afin de se concentrer sur quelques personnes dont nous possédons maintenant vraiment un bel ensemble.» C'est le cas pour Franz Eggenschwiler ou André Thomkins, avec des réalisations parfois dédicacées. Pour les aquarelles de Michel Grillet, que Christian Bernard avait exposé au Mamco. Le visiteur retrouve aussi Josef Felix Müller, qui scandalisait tant les Suisses dans les années 1980, Alex Hanimann, Raymond Pettibon ou Christian Floquet. «Nous avons un Floquet où se lit sans équivoque la patte d'un des 24 chats.» 

Tout se termine avec un disque de Caroline Corbasson. «Le dernier achat, qu'Erwin Oberwiler n'avait pas fini de payer.» Aucun catalogue n'est prévu. Comme pour les autres collections, David Lemaire propose un basculement sur le Net quand tout aura été scientifiquement trié. Les personnes intéressées pourront donc librement consulter le répertoire. Les autres musées aussi. Des prêts se révèlent possibles pour des expositions ailleurs. Le but est que cet ensemble vive. Une succession suppose après tout des successeurs. 

(1) Voir l'article situé une case en dessus dans le déroulé de cette chronique.

Pratique

«Voyages en zigzag dans la collection d'Erwin Oberwiler», Musée des beaux-arts, 33, rue des Musées, La Chaux-de-Fonds, jusqu'au 30 septembre. Tél. 032 967 60 77, site www.mbac.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 17h.

Photo (DR): Le dépliant de l'exposition chaux-de-fonnière.

Texte intercalaire.

 

 

 

 

 

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