<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

La bulle des coachs

C’est une calamité qui s’abat après chaque période où les grandes entreprises subissent des restructurations. Autant dire que la menace se rapproche. Ils poussent comme des champignons après la pluie, s’acharnent sur le corps malade comme la gangrène après l’infection. Qui sont-ils? Les coachs! Nous n’en pouvons plus de tous ces gens qui se font licencier et, une fois leurs indemnités encaissées, se voient comme les grands sauveurs des cadres en mal de confidents. Il y a huit ans, Bilan avait organisé une soirée avec différents coachs (déjà très à la mode à l’époque...) pour permettre à nos lecteurs de découvrir lesquels pourraient leur convenir. Nous avions rapidement pris conscience que le public qui participait à l’événement, spectateurs compris, était tous… des coachs. Ils venaient s’évaluer entre eux, se renifler pour repérer les nouvelles tendances. Un peu comme des gens du téléachat qui se rendraient à une réunion Tupperware. Cet événement en disait long sur cette profession dont les clients se trouvent être les services RH des grandes entreprises, services qui, un jour ou l’autre, seront eux aussi victimes de restructuration et finiront donc... coachs. Ce milieu tourne sur lui-même. Quand dans d’autres endroits du monde des cadres de qualité perdent leur job, ils montent leur boîte ou deviennent consultants dans une matière technique où ils ont un savoir-faire éprouvé à transmettre. Ici, ils deviennent des conseillers du rien, des gourous du vide, des mages du savoir-être dans cette profession autoproclamée qui ne connaît aucune barrière à son entrée et qui peut être exercée par n’importe qui. Je connais bien sûr des gens très bien dans le domaine, des personnalités au bénéfice d’une carrière professionnelle réussie dont ils parviennent à tirer des enseignements qui valent pour beaucoup. Mais ils restent très minoritaires et le besoin en la matière reste largement en deçà de l’offre, pléthorique.    C’est un peu la faute aux entreprises aussi. Ici, un cadre ne se fait jamais virer ou licencier. Il part pour «un nouveau projet», il a «décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière» ou tout à coup il «appréhende un nouveau défi». Personne n’est dupe. Mais à utiliser ce langage qui sonne un peu comme celui issu d’une secte d’illuminés, forcément les stigmatisés se sentent ensuite investis d’une mission. Conseil à ceux qui voudraient se lancer dans le coaching: laissez tomber, votre renouveau professionnel passe par d’autres voies plus stimulantes. Aux cadres qui seraient séduits de se tourner vers un coach: un jour, cela nous arrivera tous de devoir préparer nos deux cartons — pas plus — dans lesquels semble devoir finir toute vie professionnelle quand on est mis à la porte. Coachés ou pas.

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