Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

La BNS s’est mise dans un feu inextinguible

À l’inverse de notre prévision, la Banque Nationale Suisse a choisi de maintenir ses taux directeurs inchangés à -0.75%, au sein d’un range allant de -0.25% à -1.25%.

Ce choix était grandement attendu par la plupart des analystes de marché. En effet, leur logique sous-jacente est la suivante : le cours EUR/CHF est resté inchangé suite au choix spectaculaire de la Banque Centrale Européenne d'abaisser l’ensemble de ses taux (directeur à 0%, de prêt à 0.25% et de dépôt à -0.3%). Par conséquent, la BNS n’avait aucun intérêt à modifier les siens.

Toutefois, la situation est bien plus complexe que cela. En effet, selon la BNS elle-même, le franc suisse est actuellement "encore largement surévalué” et il faudrait qu’il s’affaiblisse davantage. Il est donc clair que dans un monde idéal, elle aurait abaissé ses taux afin d’affaiblir sa monnaie. Mais elle n’a pas pu agir à sa guise, car un taux encore plus négatif aurait soulevé bien des critiques de la part des investisseurs institutionnels qui doivent déjà payer des intérêts lors de dépôts de fonds.

La BNS se retrouve donc tiraillée entre soutenir la faiblesse de sa monnaie et montrer ses muscles aux marchés, sans heurter davantage les investisseurs institutionnels. Concrètement, pour l’institution, le franc suisse ne peut être maintenu durablement à son niveau actuel. la BNS est parfaitement consciente de l'impact du taux de change sur la croissance et l'inflation, indicateurs cruciaux de l’économie.

Or, la BNS a réitéré qu'elle interviendrait sur le marché des changes, si cela s'avérait nécessaire. Toutefois, ceci ne résout le problème qu’à court terme. À moyen terme, les taux tendront toujours vers leur valeur fondamentale. Selon nous, la BNS n'a plus vraiment le choix car elle n'a plus toutes les cartes en mains : si elle veut que le cours EUR/CHF s’apprécie durablement, il faudra qu’elle agisse sur les taux et, en particulier, sur le spread entre les taux suisses et européens.

D’après les calculs de la BCE, la zone euro (le plus important partenaire commercial de la Suisse) va connaître un affaiblissement de sa monnaie, un ralentissement de son taux de croissance et une faible inflation et ce, pour les deux prochaines années au moins. De fait, ceci aura des répercussions en Suisse et permet de comprendre en partie pourquoi la BNS a abaissé ses prévisions d’inflation pour 2016 et 2017 (à respectivement -0.8% et +0.1%). D’après nos estimations, ces chiffres nous semblent tout à fait cohérents.

Cette décision n'a pas engendré une forte volatilité sur le franc suisse, puisque que les marchés s'y préparaient. Nous continuons de penser que la BNS devra agir sur ses taux, tôt ou tard. En ce qui concerne le cours de change, nous devrions nous stabiliser au-delà des 1.10 et toucher les 1.15 d'ici la fin de l'année.

 

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