Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

La BNS accuse une perte de 50 milliards. Et alors?

Au premier semestre 2015, la Banque Nationale Suisse (BNS) a subi une perte de 50.1 milliards de francs. Chose surprenante : toutes les devises, et même l’or, ont accusé des pertes.

Ceci est, bien évidemment, dû à l’abandon du taux plancher, qui a provoqué un raz-de-marée sur le marché des changes. Pour rappel, en quelques minutes, la devise helvétique s’est appréciée de plus de 20% par rapport aux devises majeures. Une appréciation dommageable pour la BNS qui possède des devises étrangères dans ses réserves. La BNS possédait près de 46% de ses réserves en euro lors de l’abolition du taux plancher, et près de 29% en USD. Après le choc du 12 janvier, l’USD s’était pourtant bien repris face au CHF. Mais, en mars, la FED a douché les attentes des investisseurs en reportant sa hausse des taux de juin à septembre/décembre.

De ce fait, la perte de plus de 50 milliards était prévisible et, dans une large mesure, prévue. La seule surprise provient de l’or (classe d’actif qui ne paie ni dividende, ni intérêt) qui a également baissé de plus de 2% sur la période. Toutefois, les cantons, qui reçoivent de la BNS, en règle générale, ses bénéfices lorsqu’ils sont supérieurs à 10 milliards, peuvent déjà clairement oublier ce dividende pour cette année. D’ailleurs, certains cantons ont d’ores et déjà confirmé qu’ils n’avaient pas pris en compte dans leur budget ce versement pour cette année, ni pour les prochaines. Mais est-ce grave que la BNS subisse ce genre de pertes ?

Il y a quelques semaines, UBS a publié une étude portant sur la BNS. Les analystes de cette banque estimaient que l’institution allait perdre 50 milliards de francs au premier semestre 2015 et, par conséquent, n’allait détenir que 40 milliards de francs en fonds propres, ce qui représenterait 7% de son bilan.

Cela peut sembler peu, mais il faut bien prendre en compte le fait que la BNS n’est pas une banque ordinaire. Elle imprime elle-même sa monnaie et peut en attribuer aux fonds propres par différents biais. Le problème aurait été immense si la BNS empruntait en monnaie étrangère comme le font d’autres pays. De plus, dans un contexte de déflation comme celui vécu actuellement en Suisse, ceci peut s’avérer intéressant. En effet, la Banque Centrale peut émettre des dettes ou imprimer de la monnaie sans avoir à (trop) se soucier de l’impact sur la masse monétaire.

Le vrai risque porterait simplement sur sa réputation et sur une volatilité temporaire sur les marchés. D’ailleurs, la BNS a déjà communiqué sur ce point en déclarant que dans une situation de fonds propres négatifs, « elle pourrait toujours remplir ses engagements financiers ». Cela, nous en sommes également convaincus.

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