Invisible Man

BANQUIER

Le monde de la finance est fermé et complexe. Le banquier invisible décrypte l’actualité des marchés, tout en simplifiant ses codes, avec une vue de l'intérieur.

La Bank of England ébranle la confiance des marchés

Le 22 janvier dernier, l’office anglais de la statistique publiait d’excellents chiffres sur l’emploi: le chômage est passé de 7.6% à 7.1% au Royaume-Uni. Pourtant, les actions ont perdu près de 3%. Explications…

Le dernier chiffre du chômage au Royaume-Uni s’élève à 7.1%: c’est très proche de 7%, le seuil à partir duquel la Bank of England (BoE) est censée remonter les taux, dans le cadre de sa forward guidance.

La forward guidance est un outil de politique monétaire qui permet à une banque centrale de communiquer avec les marchés de façon transparente quant aux actions qu’elle envisage de mener : elle lie les décisions monétaires à des indicateurs de santé de l’économie réelle. Une banque centrale peut, par exemple, définir un taux de chômage cible ou un seuil de croissance minimum pour monter ses taux. 

Dans le cas du Royaume-Uni, il avait été décidé en septembre 2013 que la BoE monterait ses taux lorsque le chômage baisserait à 7%, pour autant que la stabilité des marchés ne soit pas menacée. A ce moment-là, le chômage était de 7.80% et la BoE ne prévoyait pas qu’il atteigne la cible spécifiée avant fin 2015.

L’amélioration soudaine de l’emploi n’avait pas été prévue par la BoE et la met dans l’embarras : elle ne pourra vraisemblablement pas remonter les taux comme prévu car la reprise anglaise n’est pas aussi solide qu’elle n’y paraît.

Une reprise par l’immobilier alors que l’économie réelle stagne

On peut caractériser la politique de relance au Royaume-Uni d’agressive. En 2009, la BoE baisse son taux directeur à 0.5%, niveau jamais atteint, et ouvre un programme d’assouplissement monétaire.

Afin de s’assurer que les liquidités massives injectées dans le secteur bancaire profitent à l’économie réelle, la BoE lance, en été 2012, le Funding for Lending Scheme (FLS), un programme prévoyant un financement préférentiel aux banques en fonction de leur activité de prêts aux particuliers (principalement à des fins immobilières) et aux entreprises privées.

A première vue, la politique de relance est un franc succès : l’économie britannique semble s’améliorer à une vitesse frénétique (le PIB croît de 1.9% en 2013 contre 0.2% en 2012). Pourtant le FLS, sensé soutenir l’économie réelle, ne transmet son stimulus qu’à l’immobilier.

En décembre, l’Office for National Statistics publie une augmentation des prix de l’immobilier londonien de plus de 12% en 2013 ; le Nationwide House Price Index, quant à lui, affiche 8.5% au niveau national. L’indice Bloomberg Home Builders (actions de constructeurs immobiliers britanniques) augmente de près de 60% en 2013. Une bulle spéculative immobilière est en train de s’installer sur le marché.

Pendant ce temps, les prêts aux PME stagnent.

Consciente du danger, la BoE prend des mesures fin 2013 pour refocaliser le FLS sur les entreprises uniquement, mais il est trop tard. L’emploi s’est amélioré considérablement, jusqu’à mettre la BoE face aux niveaux de sa forward guidance plus tôt que prévu.

Un coup de retard dans sa politique monétaire

La BoE est aujourd’hui obligée de faire le choix d’honorer son engagement de monter les taux ou de baisser les niveaux de sa forward guidance.

Si elle choisit d’augmenter les taux, elle risque de mettre en péril la reprise anglaise en faisant chuter le marché immobilier.

Si elle choisit, au contraire, de revoir à la baisse le seuil des 7%, elle pourrait gagner le temps dont elle a besoin pour assainir la reprise économique. En revanche, elle perdrait momentanément la confiance des marchés.

Vendredi dernier à Davos, le Governor de la BoE mentionnait, dans un discours contradictoire, qu’il n’y avait pas de besoin immédiat d’augmenter le coût de l’emprunt au Royaume-Uni, sans pour autant écarter le fait de monter les taux. Ce manque de lisibilité effraie le marché: depuis, les actions ont perdu 3% et la volatilité implicite (FTSE Volatility Index) a explosé de presque 40%.

La BoE est tombée behind the curve : elle a maintenant un coup de retard dans le jeu de sa politique monétaire. Il y a fort à parier qu’elle baissera les termes de sa forward guidance début février. Ce faisant, elle évite que la bulle immobilière crève, au prix de son meilleur outil de communication avec les marchés. Dans tous les cas, cela implique que les actions anglaises vont connaître une période de volatilité…

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."