Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

L’or, un actif à suivre en 2016

Depuis le début de l’année, l’or suit une trajectoire très intéressante. En effet, nous avions clôturé 2015 à un niveau de 1061.10 USD et terminé le premier jour de 2016 à 1074.61 USD. Depuis, nous avons connu un plus haut à 1263.65 USD avant de se stabiliser aux alentours des 1200. La raison de cette appréciation est évidente: les turbulences sur les marchés provoquent un « flight-to-safety » (ou une fuite vers la sécurité, en français), c’est-à-dire que, lors des périodes de fortes volatilités, les investisseurs préfèrent se désengager des actifs à risque afin de se tourner vers des actifs réputés comme étant sûrs. Par conséquent, ceci a provoqué une hausse des valeurs refuges et l’or en fait tout naturellement partie.

Bien évidemment, l’or étant libellé en dollars, il voit sa performance amplifiée ou diminuée par les mouvements de la monnaie américaine. Intuitivement, cela semble logique : si le dollar s’apprécie, toutes choses étant égales par ailleurs, un investisseur en monnaie étrangère devra payer davantage pour la même quantité d’or. Ainsi, le prix de l’or devra mécaniquement diminuer, afin de conserver une valeur égale en monnaie étrangère. Ceci se traduit d’ailleurs très bien dans les chiffres, car, depuis 2001, la corrélation entre l’or et le dollar index est de -42.7%, signifiant que si le dollar gagne 100 USD, l’or baisse en moyenne de 42.7 USD.

Il est également intéressant de noter que l’or poursuit son évolution au sein du range 1200 – 1240 USD, dans lequel il est entré, il y a quelques jours. En effet, suite à un retour au calme du marché, l’or s’est lui-aussi quelque peu stabilisé. Toutefois, cette accalmie ne devrait pas durer très longtemps. Car se poser la question de l’évolution de l’or revient à se demander comment les investisseurs voient le futur. Or, il n'est pas de bon augure et les exemples ne manquent pas.

Tout d’abord, une information sortie le 16 février, annonce que plus de la moitié des clients de Goldman Sachs prédisent des taux de rendement négatifs pour les actions en 2016. Ceci est confirmé par l’indice de confiance des investisseurs suisses, au plus bas depuis avril 2015, soit trois mois après l’abandon du taux plancher EURCHF. Ainsi, les 350 acteurs interrogés anticipent, de plus en plus, une détérioration des conditions économiques dans les mois à venir.

D’autre part, les minutes de la Fed, sorties le 17 février dernier, ont également cristallisé une partie des inquiétudes. En effet, elle se montre très préoccupée par la situation chinoise, par la volatilité du marché et par l’évolution de l’inflation aux Etats-Unis. Tout ceci tempère, pour l’instant, les estimations de hausse des taux. Le future sur les Fed funds rate indique que seul un tiers des investisseurs pensent que la FED augmentera ses taux d’ici à la fin de l’année. Près de 10% pensent qu’il y aura deux hausses ou plus. Mais aucun ne pense qu’elle va baisser ses taux, ce qui promet de grandes secousses si elle ne fait rien, voire si elle baisse ses taux. La Fed note également que si elle augmente ses taux, cela risquerait de provoquer une décélération plus forte et provoquer un effet boule de neige sur les marchés.

À cela s’ajoute le fait que les problèmes de la Chine sont encore loin d’être terminés. Même si les indices des prix à la consommation et à la production sont sortis meilleurs qu’attendus, ils restent toujours très faibles (respectivement 1.9% et -5.3% pour janvier) et les cargaisons arrivées en Chine sont sorties drastiquement en baisse. Enfin, il faut noter que les tensions sur le marché du pétrole sont toujours latentes. Le récent accord entre la Russie et l’Arabie Saoudite a provoqué une chute du prix du baril, ce qui impacte l’inflation par ricochet. Depuis, les prix se sont repris mais restent toujours sous pression.

Ainsi, nous restons d’avis que l’on devrait revoir le niveau des 1300 USD sur l’or en 2016, mais que l’on devrait toutefois terminer l’année aux alentours des 1000 USD.

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