Yannick Iseli

CO-FONDATEUR DE NOVACCESS SA

Passionné depuis son plus jeune âge par l’informatique et les nouvelles technologies, Yannick a suivi des études pluridisciplinaires à la frontière entre la gestion et l’informatique. Il a tout d’abord étudié à l’HEIG-VD à Yverdon-les-Bains où il a suivi une formation d’Ingénieur des médias. Il a ensuite obtenu son Master en Systèmes d’information à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC) de l’Université de Lausanne. En marge de ses activités à l’Institut de recherche des technologies de l’information et de la communication (IICT) de l’HEIG-VD, il s’est associé avec deux professeurs et quatre ex-étudiants pour le développement de la start-up Novaccess SA spécialisée dans l’ « Internet des objets industriel ». Pour Yannick, les technologies ne sont pas une fin en soi et n’ont de sens que pour l'amélioration du quotidien des gens.

L’Internet des objets: la prochaine révolution numérique

L’informatique a littéralement révolutionné notre monde et ceci plus particulièrement durant ces vingt dernières années. Nous ne travaillons plus de la même manière. Nous ne communiquons, lisons, regardons des vidéos ou photos plus de la même manière. Nos façons d’écouter de la musique, de payer nos factures ou nos billets de concert, ou même de faire des rencontres ont été profondément bouleversées.

Après les ordinateurs personnels, l’irruption des supports mobiles a également été une source d’innovation incroyable et c’est sur ce marché que tout se joue dans le domaine aujourd’hui. Pourtant, malgré des avancées techniques constantes, j’ai le sentiment que les ténors du domaine cherchent à se renouveler mais, en ce moment, peinent à proposer de véritables innovations.

Microsoft repense complétement l’interface de son système d’exploitation avant de réintégrer quelques mois plus tard certaines fonctionnalités sous les critiques des utilisateurs. Apple de son côté redonne également un coup de jeune à l’interface de ses téléphones et intègre petit à petit de nouvelles fonctionnalités, mais, du point de vue de l’utilisateur, on a l’impression que les iPhones se suivent et se ressemblent. Chez les concurrents d’Apple tel que Samsung, en peine d’inspiration, on agrandit ou on incurve les écrans. Alors serait-on arrivé au bout de cette frénésie de l’informatique ? Est-ce que tout a déjà été inventé dans ce domaine ? Et si ce n’est pas le cas, où se situera la prochaine révolution numérique ? Ne cherchez plus, cette révolution pour l’instant silencieuse est ce que l’on nomme l’« Internet des objets ».

Depuis sa création dans les années 1970, l’Internet a connu un succès insoupçonné et s’est étendu à travers le monde. Grâce à ce réseau gigantesque, il est possible d’envoyer un message à l’autre bout de la planète en une fraction de seconde. Plusieurs protocoles ont été développés sur cette base comme le protocole SMTP permettant l’envoi de courriels ou le protocole HTTP permettant le partage de documents via l’Internet (formant ainsi le Web). Au début de l’Internet, des moyens importants et coûteux étaient nécessaires pour pouvoir communiquer au travers du réseau (mémoires, processeur, bande passante). Récemment, des avancées technologiques majeures ont permis de réduire les ressources consommées et de miniaturiser ainsi les appareils communiquant sur l’Internet. Si, jusqu’alors, l’Internet était réservé à l’interconnexion d’ordinateurs, de téléphones ou de tablettes, grâce à ces avancées technologiques, on peut dès à présent envisager connecter toutes sortes d’objets au réseau.

On distingue principalement deux types d’objets connectés. Les objets dits « passifs » utilisent généralement un tag (puce RFID ou code barre) permettant leur indentification et, grâce à un lecteur mobile, l’accès à des informations relatives sur une application informatique. Les objets dits « actifs », quant à eux, embarquent des technologies les raccordant à Internet (un module GSM pour le réseau mobile, Wi-Fi, Ethernet, Bluetooth, ou des technologies dites Low-energy). Avant l’Internet des objets, des solutions existaient déjà pour communiquer avec des objets mais elles étaient généralement basées sur des  technologies propriétaires. Avec l’Internet des objets, nous assistons à un véritable changement de paradigme où l’utilisation d’Internet et de ses protocoles ouverts favorise l’interopérabilité.

Selon Cisco, l’un des leaders mondiaux dans les équipements de réseaux, le nombre d’appareils connectés à l’Internet a dépassé le nombre de personnes sur Terre en 2008. Il prévoit environ 50 milliards d’objets connectés en 2020, ce qui correspond à une moyenne de 6 à 7 appareils par personne. L'équipementier évalue à 14.4 trillions de dollars US le marché de l’Internet des Objets entre 2013 et 2022. Mais pourquoi connecter des objets à l’Internet ?

Connecter un objet à l’Internet c’est exposer ses fonctions. Un objet peut être source de données (générées par exemple par des capteurs dont il est muni) ou peut effectuer des actions (modifier son comportement). Raccordé au réseau, il devient ainsi possible de récupérer à distance des mesures en provenance de l’objet ou de contrôler l’objet à distance. L’objet a une adresse Internet propre et on peut l’atteindre partout dans le monde. L’utilisation des protocoles ouverts largement supportés de l’Internet permet le contrôle de l’objet depuis plusieurs types de supports ou d’applications : serveurs, ordinateurs personnels, navigateurs Internet, applications mobiles, etc.

Tout type d’objet peut être connecté pour autant qu’il soit contrôlé numériquement (équipé électroniquement) et qu’il soit muni d’un module de communication le raccordant à l’Internet. Les applications sont infinies et on voit petit à petit apparaître des objets communicants sur le marché. Dans les produits à destination des consommateurs, on citera notamment le système « Philips Hue » permettant de contrôler les lampes de sa maison (intensité, couleur) depuis son téléphone mobile, « Koubachi » un système de senseurs à placer dans ses plantes nous avertissant quand les arroser ou encore la voiture « Tesla » qui peut être contrôlée depuis une application mobile (ouverture/fermeture des portes ou du toit entre autres) et qui peut être géolocalisée.

Dans le domaine industriel, le potentiel est également immense. Grâce à ces technologies, on facilite la création de bases de données d’objets et ces objets peuvent directement être contrôlés depuis une interface utilisateur. L’informatique a depuis ses débuts permis l’optimisation des processus des entreprises en facilitant notamment le partage  et le traitement de l’information et par l’automatisation de certaines tâches. Avec l’Internet des objets, on va encore plus loin dans ce sens. Les objets connectés étant directement contrôlables par l’informatique, il est possible d’automatiser (programmer) leur comportement et ce, sans la nécessité d’une interaction humaine. Encore plus fort, les objets peuvent être interconnectés et effectuer des actions en réaction à des mesures reçues par d’autres objets, ceci selon des règles définies au préalable. C’est ce que l’on appelle dans le jargon des interactions « Machine to machine ».

Ce dernier point montre toute la potentialité de la chose. On peut ainsi imaginer des systèmes (entreprise, bâtiment, ville, etc.) beaucoup plus intelligents où les différentes ressources s’accordent pour former un environnement cohérent et performant. Imaginez une ville où les voitures seraient guidées vers les parkings disponibles, où les feux rouges s’accorderaient de façon à fluidifier globalement le trafic en temps-réel, où les luminaires ne s’allumeraient que lorsque cela est nécessaire et à la bonne intensité. Imaginez une usine où l’activité de l’ensemble des machines serait mesurée en temps réel à des fins de monitoring et d’optimisation de la chaîne de production. Imaginez un système qui permettrait d’alerter automatiquement les ambulanciers en cas de crise cardiaque détectée chez un malade. Imaginez encore un système qui mesurerait et régulerait le trafic sur les autoroutes (par exemple avec des feux rouges aux entrées) de façon à éviter les congestions.

L’Internet des objets s’accompagne évidemment de grands challenges. Le premier concerne la consommation électrique. Comment alimenter tous ces objets connectés ? C’est un des grands sujets du domaine qui a fait l’objet de recherches approfondies dans le milieu académique. Les technologies existantes tel que le Wi-Fi, l’Ethernet ou les modules 3G/4G consomment énormément car elles assurent un débit de transmission des données élevé. Avec l’Internet des objets, un débit aussi élevé n’est souvent pas nécessaire. C’est pourquoi, de nouvelles technologies basées sur des radios à basse consommation d’énergie dont les fréquences sont en dessous du GHz sont apparues. Les objets connectés consomment ainsi beaucoup moins et peuvent même fonctionner avec une batterie durant plusieurs années.

Le deuxième grand challenge de l’Internet des objets est la sécurité. L’utilisation de technologies ouvertes permet l’interopérabilité mais expose également les objets aux attaques. C’est pourquoi la sécurité doit faire partie intégrante de la conception des systèmes de façon à minimiser les risques. Heureusement, les mécanismes de sécurité informatique les plus sophistiqués développés jusqu’alors peuvent être adaptés à l’Internet des objets. Comme toute nouvelle technologie, l’Internet des objets peut faire peur mais les apports potentiels pour notre société ne doivent pas être sous-estimés.

L’Internet des objets promet de révolutionner notre société à l’image de ce que l’informatique l’a fait ces vingt dernières années. Silencieuse jusqu’alors, car les technologies n’étaient pas encore matures, elle devient une réalité avec l’apparition récemment de solutions sur le marché. Elle va permettre aux cités d’optimiser leurs infrastructures et aux entreprises d’optimiser leurs processus et de se démarquer en proposant des produits innovants. Finalement, c’est une source d’inspiration et d’innovation sans limite pour les entreprises et pour notre société en général.  Et vous, quelle est votre idée de produit ou de service basé sur des objets communicants ?

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