RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

L’initiative qui menace la classe moyenne

L’initiative populaire «Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires» sur laquelle nous allons voter le 30 novembre est diabolique.

A l’article 127, elle propose dans un nouvel alinéa 2 bis de rendre «les privilèges fiscaux pour les personnes physiques illicites». Qu’est-ce à dire? Cela signifie purement et simplement que loin de ne viser que l’imposition d’après la dépense pour les riches étrangers, elle vise aussi la quasi-totalité des citoyens vivant en Suisse.

C’est en effet ce qui ressort clairement de la bouche du «camarade» Christian Levrat, président du PS suisse. Dans son discours tenu le 28 juin dernier au Congrès ordinaire du PS, il avait précisé ses intentions quant à un «système fiscal juste et d’avenir»: «Les déductions et les niches fiscales doivent être supprimées dans toute la mesure du possible. (…) Lorsque les familles, les investissements écologiques, les dons à des formations politiques sont encouragés par le biais de déductions, ce sont toujours les plus hauts revenus qui en profitent».

Autant dire que la votation relative à l’abolition des forfaits fiscaux ne concerne de loin pas que les riches. Me Philippe Kenel est l’un des seuls à l’avoir relevé dans le débat actuel. Comme il l’a indiqué, son acceptation créerait une totale insécurité juridique: «La notion de privilège fiscal est un OJNI (objet juridique non identifié) en droit suisse.» Il est cependant quasi certain de prévoir que cela mettrait fin à toute possibilité de rachat du 2ème pilier et aux diverses déductions que le citoyen lambda peut inscrire dans sa déclaration d’impôt: déduction pour frais de garde d’enfant, pour personne à charge, sans parler des aides aux agriculteurs…

Avec sa vision extrémiste, Christian Levrat va réussir à paupériser la classe moyenne en supprimant toutes les déductions pour élargir l’assiette fiscale. Comme il l’a encore dit à ce congrès: «Il faut mettre un terme à l’inflation des déductions introduites aux titres les plus divers, pour des motifs souvent honorables, mais avec des conséquences catastrophiques pour la répartition de la charge fiscale».

Il oublie que plus d’un tiers des contribuables (sur Genève et Vaud) ne paie pas un centime d’impôt! Dès lors, avec ses attaques camouflées, il va surtout enlever du pouvoir d’achat à la classe moyenne.

Et l’on ne peut miser sur le bon sens de nos autorités pour ensuite limiter la casse. En effet, si l’initiative passe, nous risquons de voir le scénario de la Lex Weber se reproduire. Souvenez-vous, avant le vote, les initiants prétendaient juste stopper la construction de nouvelles résidences secondaires dans certaines communes. Or, lors de la discussion sur la loi d’application, les premiers projets envisageaient carrément d’empêcher qu’une résidence secondaire devenue une résidence principale puisse redevenir une résidence secondaire. En l’occurrence, les enfants de citoyens ayant décidé de venir prendre leur retraite en Valais dans leur appartement de montagne et qui auraient ensuite hérité du bien en question n’auraient plus pu l’utiliser comme appartement de vacances. Bref, il est vital de balayer cette initiative dangereuse et extrémiste.

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