Consultant

Après une carrière comme officier de renseignement, Yves Baeumlin a dirigé dans les années 90 la célèbre agence Kroll à Paris, pionnière de l’intelligence d’entreprise. Actif dans ce domaine depuis 1997 au sein de la société genevoise Redmont-Advisory SA, il fournit des informations stratégiques aux entreprises.

L'industrie du renseignement ne connaît pas la crise

Les applications de l' "intelligence" au service des entreprises sont nombreuses.

Le litigation support, dont "support de contentieux" est une pâle traduction, consiste à débusquer des infos confidentielles pour élaborer des tactiques d'attaque ou de défense, lors d'un procès par exemple. Dans des litigations qui portent sur des milliards, un témoignage clé ou un document opportun peuvent changer le cours du procès. L'exemple "people" par excellence reste l'affaire DSK: l'ancien dirigeant du FMI a évité la case prison grâce à des pros américains du renseignement de Washington. Ceux-ci lui ont permis de rapidement décrédibiliser son adversaire en la passant au crible.

La competitive intelligence permet de définir son positionnement face à un concurrent ou d'éviter de dépenser des fortunes en R&D pour un produit ou un service qui existe déjà. Certains pays ou entreprises préfèrent acquérir illégalement des technologies plutôt que de dépenser des millions en R&D. Cela ne vous rappelle pas le beau blond de la Stasi est-allemande qui séduit la stagiaire d'une société high-tech de l'Ouest au temps de la Guerre froide ? Rien n'a bougé, l'humain reste le maillon faible ! La méthode reste inchangée.

Le forensic accounting, soit "comptabilité analytique", est effectué par un comptable avec un oeil de flic qui ne va pas se contenter de voir si 2 + 2 font 4 mais va chercher le pourquoi, le comment, au profit de qui et par rapport à quoi une transaction est faite. Le comptable devient un teckel poil dur qui ne lâche pas sa proie. Le nombre de "Certified Fraud Examiners" (CFA) a augmenté de 72% depuis 2007...C'est un métier très sollicité. La fraude en entreprise a une courbe inversement proportionnelle à la croissance économique.

La corruption endémique, le blanchiment d'argent (on a vu de nombreux cas en Suisse récemment), le cyber-espionnage et les cyber-attaques ont fait doubler les effectifs de certaines boîtes privées de renseignement qui connaissent un taux de croissance important.

Comme vous pouvez le constater, la terminologie du métier de "business intelligence" est exclusivement anglo-saxonne. C'est à partir des Etats-Unis que le métier s'est répandu. Les sociétés se sont développées et sont arrivées en Europe par la Grande Bretagne où le renseignement n'a jamais connu la crise malgré les restructurations, fusions, disparitions. La profession a évolué et connu des changements importants dus à la prolifération des informations sur la Toile. Au point qu'aujourd'hui, on fait appel à des experts pour recueillir, trier, analyser une information trop foisonnante et en faire une synthèse objective. 

Le stade de la recherche superficielle est dépassé car il y a trop d'informations. En 20 ans, on est passé de la préhistoire à la prolifération des bases de données. De rien, on est passé à trop. Trop d'informations tue l'information ? Il faut la synthétiser, l'analyser. Il faut des pros pour le faire correctement et pour dénicher l'information locale, là où elle se trouve, dans la langue du pays d'origine. Internet comme seule source pour se forger une opinion objective demeure dangereux.

En raison des excès commis dans le métier, certains pays comme la France ont imposé une législation sur le renseignement privé. D'autres songent à le faire, notamment les Britanniques, suite aux excès de l'information trash exploitée pour alimenter la presse. La Suisse a bien connu ses propres épisodes avec le scandale des interceptions téléphoniques ou l'octroi illégal d'informations bancaires.

La criminalité économique ne connaît pas la crise, l'industrie qui la combat non plus.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."