<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

L'évasion fiscale en échec

La traque aux évadés fiscaux n’a jamais été aussi intense et elle prend désormais des allures d’ultime bataille pour des Etats aux abois. Les banquiers suisses les moins préparés à une telle intensité de confl it semblent désarçonnés. Certains établissements craquent sous la pression. De l’opinion publique, des médias et surtout de gouvernements qui souhaitent, coûte que coûte, reprendre la main sur une manne fiscale qui leur a longtemps échappé.

Le secret bancaire a trépassé en sourdine lors d’une succession de petites convulsions étalées entre 2009 et 2013. Les noms de clients privés de longue date de la place financière se retrouvent livrés en pâture et bien d’autres encore pourraient venir allonger la liste. Dans les banques mêmes, la tension est extrême: remise en cause des modèles d’affaires, licenciements, recherche désespérée de plans B. Certains établissements placent même sur écoute leurs propres collaborateurs quand ils ne prennent pas ces derniers en filature. C’est l’ère de la méfiance généralisée et beaucoup de patrons de banque tremblent à l’idée d’avoir dans leurs rangs un nouveau Falciani qui irait les dénoncer aux services fiscaux étrangers ou vendre des CD remplis de noms de clients.

Dans cette atmosphère effroyable, l’échange automatique d’informations semble inéluctable. C’est le nouveau standard et il faudra s’y conformer, au risque sinon de se retrouver au banc des nations qui s’organisent pour pister clients privés et entreprises.

Il faut certes rappeler que nous assistons à un jeu de dupes où certains profitent plus que nous des trous noirs de la fiscalité, à commencer par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Reste que la Suisse n’a pas suffisamment de poids pour peser dans l’agenda des Etats qui parlaient le weekend dernier encore au G7 de coordonner les actions de leurs services dans la traque aux fraudeurs. L’accord Fatca imposé par les Etats-Unis risque de l’être aussi par l’UE sur la base de la «clause de la nation la plus favorisée».

En 2013, l’évasion fiscale est un crime avec préméditation et la transparence totale le nouveau normal. Il faut donc négocier une sortie honorable pour solder le passé tout en tirant le maximum de contreparties d’adversaires qui auront du mal à faire front commun très longtemps.

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