Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

L’espoir fait vivre à Bruxelles, mais en Chine, le sol se rapproche dangereusement

La journée de mardi était censée être porteuse d’espoir, alors que la Grèce était supposée faire les propositions de la dernière chance à Bruxelles. Sans exagérer, je crois que c’est la 22ème fois que la Grèce fait des propositions de la dernière chance, mais, comme à chaque fois, elles sont à des années-lumière de ce dont Bruxelles et Merkel sont d’accord de discuter. Forcément, on n’avance pas beaucoup.

Donc, et pour faire simple, comme durant la journée de mardi nous n’avons rien vu venir de très sexy au sujet de la Grèce en Europe, on a tout vendu, et on s’est réfugiés dans les obligations d’état qui sont « censées » être plus rassurantes que le reste. Les rendements du Bund Allemand et du 10 ans américain se sont effondrés, alors que tout le monde cherche à se rassurer – toujours sans acheter de l’or, bien sûr.

L’or qui est de plus en plus en difficulté. Actuellement posé sur le support des 1150$, le moindre mouvement pourrait provoquer la glissade du métal jaune en direction d’un prix à trois chiffres.

Pendant que les investisseurs couraient aux abris en Europe – l’Europe qui terminait au plus bas de la journée – on commençait à se demander quand est-ce que l’on allait avoir des nouvelles de la part du quartet de choc qui était censé se rencontrer et trouver des solutions. En effet, les quatre personnes qui ont le pouvoir de rassurer le marché européen – Merkel, Juncker, Tsipras et Hollande - devaient se voir en fin de journée pour nous pondre la solution miracle qui n’a pas été trouvée depuis six mois.

Néanmoins, à 17h30, heure de Berlin, nous n’étions pas plus avancés que le matin même, et les marchés étaient au plus mal. Les USA ayant également commencé leur journée totalement angoissés par l’effondrement du marché chinois et le cul-de-sac de l’affaire grecque…

Et puis un mini-miracle s’est produit.

Tsipras a fait une proposition.

Plutôt une demande.

Il a demandé un financement intermédiaire jusqu’à la fin du mois de juillet, afin de se donner le temps de trouver une solution plus « durable » dans les semaines qui viennent, sachant qu'il serait virtuellement impossible de régler le cas en quelques heures.

Même si cette technique peut donner l’impression que tout le monde est en train de botter en touche pour gagner du temps, alors qu’à la fin on aura juste grillé quelques milliards de plus, cela a au moins le mérite d’avoir fait plaisir au marché américain qui est remonté comme un bouchon de liège. Entre le plus bas de la journée et le plus haut de la séance, le Dow Jones aura repris 300 points.

Le bricolage de Tsipras aura fonctionné. Pour le moment. Les USA auront donc bien fini la journée, pendant que les Européens auront perdu la leur.

Le marché chinois en mode panique 

Bon, vous me direz : « C’est pas grave, debleu, ils se rattraperont ce matin ». Eh bien, ce n’est pas aussi simple. Parce que pendant que l’on se débarrassait (momentanément) du problème grec en allumant une bougie tout au font du tunnel du Mont-Blanc, faisant croire à une lueur d’espoir, les Chinois nous sont tombés dessus pendant la nuit.

Et à voir la tronche de Shanghai ce matin, même si jusque-là, nous avons réussi à plus ou moins ignorer l’effondrement du marché local, ce matin, ça va être plus compliqué. Actuellement, à 5 heures du matin, la Chine recule de 5% et entraîne Hong Kong dans son sillage – le Hang Seng est aussi en baisse de plus de 4%.

Rien de nouveau ne s’est pourtant produit, c’est tout simplement que le marché est en mode panique et que tout le monde veut sortir en même temps. Les « stratégistes-analystes-experts-en-anticipation » sont en train de courir dans tous les sens, tels des poulets que l’on vient de décapiter, en hurlant à qui veut l’entendre « qu’il ne FAUT SURTOUT PLUS avoir de titres chinois en portefeuille » et que « LA CHUTE N’EST DE LOIN PAS TERMINÉE »… En tous les cas, peu importe les mesures implémentées par le gouvernement chinois, cela ne fonctionne pas. Reste à voir si le déploiement de l’armée peut servir à freiner la baisse, mais ce n’est pas encore dans les plans, semble-t-il.

En attendant, on est en train de revivre un moment digne de la baisse du Nasdaq en l’an 2000, avec les graphiques qui superposent l’indice chinois et le S&P500 modèle 1930 en soulignant les parallèles et en démontrant par A+B que la chute n’est pas finie.

En gros, c’est la panique en Chine et ça ressemble furieusement à un krach. Ce matin, les futures sont donc déjà en baisse de 0.8% en Europe, ce qui veut dire que l’on ne va même pas profiter du rebond induit par la Grèce mardi soir et passer directement à l’angoisse du marché chinois qui se casse la figure.

Évidemment, ce mercredi matin tout le monde est angoissé de savoir que la Chine est en train de se planter. Tout le monde a peur que cela induise un ralentissement de l’économie chinoise et éteigne le seul moteur de croissance de la planète sur lequel on pouvait espérer pouvoir se reposer. Mais il ne faut cependant pas oublier que le marché boursier en Chine ne représente que 15% des assets des Chinois – l’impact social ne sera peut-être pas aussi important que ce que l’on croit. Ceci dit, depuis le 12 juin, nous avons tout de même perdu 30% - bon, d’accord, entre deux le marché était monté de 117%, mais quand même. Ça fout les jetons.

Le pétrole a tenté un rebond hier. Ce matin il a l’air de vouloir replonger. Les théories négativistes recommencent à faire surface, surtout que l’effondrement de la Grèce est devenu soudainement une nouvelle préoccupation pour le prix du pétrole. Comme quoi on se raccroche à ce que l’on peut. Ce matin, le baril est en baisse à 51.90$ - sans compter que le plongeon de haut-vol de la Chine ne va pas aider.

Dans les nouvelles du jour, on reprend les mêmes et on recommence. Vous trouverez du chinois à toutes les sauces dans vos médias. Vous trouverez de toutes les opinions à ce sujet. Du plus optimiste au plus pessimiste, de la théorie de l’effondrement total à l’opportunité d’achat d’une vie. Peu importe, personne n’en sait rien, personne ne sait ce qui va se passer. Ce que l’on sait, c’est que l’on NE DOIT JAMAIS RATTRAPER UN COUTEAU QUI TOMBE.

On parle aussi de la Grèce. Après la demande de Tsipras hier, dans la nuit l’Eurogroup, l’Eurozone – je ne sais même plus comment on doit les appeler – ont donc mis une limite et veulent que la Grèce propose du concret d’ici 5 jours. Et c’est reparti. Tout le monde va encore attendre dimanche pour savoir à quelle sauce nous allons être mangés.

Pour résumer :

Sujet n°1 : la Grèce

Sujet n°2 : la Chine

Et puis c’est tout.

Ce matin sur les 20 « headlines » de tête de gondole de CNBC, vous verrez, c’est 10 pour la Grèce, 8 pour la Chine, une histoire sur un scandale en Malaysie et une autre sur les millionnaires singapouriens qui ne veulent rouler qu’en Ferrari – comme quoi, on n’a pas tous les mêmes soucis.

En tête des articles du Barron’s, un article à propos de la Chine et de la Grèce et des conséquences mondiales.

Bref, la journée sera bicéphale ou ne sera pas.

Pour le moment les futures sont en baisse de 0.8%. Côté chiffres économiques, nous aurons les demandes des nouvelles hypothèques, les inventaires pétroliers, histoire de remettre une couche et les Minutes du FOMC meeting, toujours une bonne occasion d’interpréter tout ce qui s’est dit il y a trois semaines derrières les portes closes de la FED.

Et puis, bien que tout le monde se foute TOTALEMENT du sujet actuellement, ce soir, après la clôture, Alcoa publiera ses résultats du second trimestre 2015. C’est don ENFIN le début de la troisième « saison » des résultats depuis le début de l’année. Peu importe qu’ils soient bons ou mauvais, l’important c’est que l’on devrait peut-être, enfin, pouvoir parler d’autre chose dans les jours qui viennent.

L’Euro/$ est à 1.0991, le yen vaut 122.07, le Bitcoin s’échange à 262$ et le rendement du 10 ans américain est à 2.21%. Et notre  bon vieil Euro/Suisse est toujours soutenu par la BNS à 1.04.

Voilà, c’est tout ce qu’il y avait à dire ce matin. On se retrouve demain pour la suite des aventures de Tintin en Grèce et du Capitaine Haddock en Chine. Passez une belle journée fraîche, vu qu’il ne devrait faire « plus que 27 degrés » !!!

À demain !

Thomas Veillet

Investir.ch                           

 "When Life Gives You Questions, Google has Answers"

- AJ Carpio

 

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