Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

L’économie et le politique s’entredéchirent

C’est un épisode révélateur des tensions qui empoisonnent les relations entre les patrons et les acteurs politiques dans un environnement politico-économique déjà très tendu. 

Dimanche dernier, la Conseillère fédérale Doris Leuthard blâmait les dirigeants économiques car ils n’ont pris aucune mesure pour limiter le recours à la main d’œuvre étrangère en dépit de l’adoption par le peuple de l’initiative «contre l’immigration de masse.» Dans l’hebdomadaire SonntagsBlick, elle se disait «déçue par l’économie.» 

Une réaction pour la moins curieuse, alors que les partis se déchirent sur le projet d’application de la nouvelle politique migratoire votée le 9 février dernier. On comprend mal comment les entreprises pourraient obéir à une législation qui n’existe pas encore. 

Invité le soir même par l’émission Forum de la RTS La 1ère pour répliquer aux critiques de Doris Leuthard, le Vaudois Bernard Rüeger, chef d’entreprise et membre du comité-directeur d’économiesuisse, réagissait avec vigueur. Il regrettait le désintérêt des acteurs politiques pour les entreprises en prenant pour exemple leur absence lors de la traditionnelle Journée de l’économie qui s’était déroulée deux jours plus tôt à Zurich. «Sur 600 personnes, il n’y avait pas un conseiller national, pas un conseiller d’Etat, pas un chef de parti. Ça ne les intéresse pas. Il n’y a pas d’élection pour l’instant», s’emportait Bernard Rüeger à la radio. 

La réalité est toutefois un peu différente. Selon l’association faîtière des entreprises, certains élus ont bel et bien participé au grand raout annuel de l’économie helvétique, mais leur nombre était plus faible que les années précédentes en raison d’une malheureuse coïncidence de calendrier. Le même jour, les groupes parlementaires des chambres fédérales se réunissaient pour tenir leurs séances de préparation de la session d’automne, alors que les présidents de parti et les chefs des groupes parlementaires du PLR, du PDC, de l’UDC, du PBD et du PS rencontraient plusieurs membres du Conseil fédéral dans le cadre des entretiens de Watteville qui se déroulent avant chaque session. 

Bref, Doris Leuthard et Bernard Rüeger ont parfaitement joué leur partition pour satisfaire leurs propres rangs. Mais leurs déclarations tendancieuses montrent que le clivage entre les acteurs politiques et les dirigeants d’entreprises reste important, alors que les défis à relever pour assurer la prospérité helvétique nécessite une étroite collaboration entre les deux parties.

 

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