Patrick Zanello

ENTREPRENEURS DANS LES MÉDIAS - NEWS & SPORT FACTORY SA

A 46 ans, Patrick Zanello a un parcours professionnel jalonné par les médias, sa passion !

Une carrière professionnelle qui est passée du monde des radios locales à la presse, en passant par des agences de publicité ainsi que la télévision, au sein de sociétés telles que Ringier, Publigroupe, L’agefi, Heinz Heimann, Sonor ou Concept Media/CSM, au service de marques comme « L’Hebdo », Audemars Piguet, « Tribune de Genève », Supra, « L’agefi », « L’illustré », « TF1 », « Edelweiss », « Le Matin »…

Doté d’un esprit créatif et orienté « objectifs » qui lui a permis de développer de nouvelles activités dans les différentes entreprises avec lesquelles il a collaboré, que ce soit en marketing, vente ou organisationnel. Son parcours professionnel lui a permis de créer des attaches fortes avec la Suisse alémanique, la France et l’Italie (autant d’occasions de découvrir de nouveaux spots pour la course à pied dans chacune des villes visitées).

Amoureux des médias, du contenu tant autant que du contenant, il développe une activité d’entrepreneur des médias depuis quelques mois qui se concrétise à travers la création de News & Sport Factory SA depuis l'été 2013. Factory active dans les métiers de régie publicitaire crossmedia, dans l'activité de marketing, dans la création de contenu et dans l'événementiel pour des médias référents autour de l'information et du sport.

L’avenir des médias: tour d’horizon suisse (partie 1)

Le tsunami digital qui bouleverse l'écosystème médiatique est en train d'inverser le rapport de force en faveur des utilisateurs et des concepteurs de médias. Il n'a pas fini de provoquer des dégâts et des remises en cause profondes au coeur des journaux, des télévisions, des maisons d'édition ou des poids lourds du cinéma.

Après des années de consolidation, le temps n’est plus à la course à la taille pour les groupes médias. Ils n’hésitent pas à sacrifier du chiffre d’affaires s'ils sentent qu’une activité va générer des pertes prévisibles. En témoignent les décisions récentes de Lagardère (mise en vente d’une dizaine de magazines), Ringier/Tamedia (vente de leurs participations dans le quotidien « Le Temps ») ou Publigroupe (achat par Mediaspectrum de xentive).

Des initiatives qui auront un impact limité, l’année prochaine, sur le classement des plus grands groupes médias de Suisse, mais qui donneront une orientation nouvelle au top 10 des médias suisses. La tendance est forte, ces groupes cherchent à se diversifier pour résister à l’érosion des revenus liés à leur activité traditionnelle ou à se rapprocher. Si la presse semble plus impactée que les autres métiers, il y a des groupes qui connaissent une santé retrouvée, en particulier sur le premier semestre 2013.

Les prévisions 2014 s’annoncent bien puisque les annonceurs et les agences interrogées par le BSW déclarent que les investissements publicitaires devraient se stabiliser ou légèrement augmenter l’année prochaine. Ce qui devrait être profitable pour l'ensemble des grands groupes médias de Suisse mais surtout pour le pure player Google. Aucun chiffre officiel n’est disponible pour la Suisse sur ce groupe mais lorsque l’on recoupe quelques informations et confidences, on suppose que le groupe Google dégage près de 400 millions de revenus dans notre pays. Ce chiffre se consolide fortement depuis le lancement de YouTube Suisse. Cette estimation place ainsi Google à la 7ème place en 2012 (+ 1 place par rapport à 2011).

S’agissant des deux plus gros groupes médias suisses, leurs perspectives d’économie des coûts internes sont clairement actées.

SSR – Une nouvelle loi programmée

La SSR doit équilibrer ses comptes en adaptant ses charges à ses futurs revenus. Le Parlement négocie actuellement la révision de la loi radio-tv après la consultation de différents intervenants: des concurrents directs à la SSR, de partenaires en passant par des organisations sociales ou des organismes culturels.

Le Conseil Fédéral a lâché du lest sur les télévisions locales qui sont autorisées à être diffusées sur l’ensemble du territoire, sans restriction. Quant aux négociations avec les éditeurs de presse, elles n’ont pas abouti l'année dernière à un accord pour l’exploitation officielle de publicités sur les sites internet de la SSR. Du coup, rien n’empêche la SSR de les exploiter indirectement, si elle le souhaite, que ce soit à travers des accords avec YouTube comme l'a fait M6 en France (YouTube verse une part des recettes publicitaires aux plus gros contributeurs de volume en Suisse), avec des partenariats avec des sites de streaming (Wilmaa, Zattoo…) ou à travers la diffusion des sponsors de ses émissions TV sur ses sites internet.

 

Les éditeurs n’ont pas manqué de réagir sur le programme national « Les Suisses», diffusé par les chaînes de la SSR. Si la période peut prêter le flanc aux critiques (durant l’examen de la nouvelle loi radio-tv au Parlement), force est de constater que cette émission est un vrai succès, sur le plan éditorial comme pour l’audience.

Face à des journalistes souvent critiques par rapport au trop-plein de séries américaines diffusées sur les chaînes nationales suisses, malgré le fait qu'elles peuvent rapporter jusqu’à 10 fois leurs coûts en publicité (selon un quotidien romand, pour un épisode des « Experts » acheté CHF 5'000.- par la RTS, les recettes publicitaires peuvent régulièrement grimper jusqu’à CHF 50'000.-), la SSR a engagé une vraie réflexion économique autour de la création de contenus originaux et suisses tout en définissant des coupes claires dans ses charges. A ce titre, la RTS a réussi à s’imposer dans la télévision du réel avec des programmes forts, genre que Gilles Pache, le directeur des programmes, assume parfaitement, avec des succès d'audience qui permettent à RTS1 de demeurer numéro 1 en Romandie (tout en ayant augmenté l'écart d'audience avec son principal compétiteur).

L’étape actuelle pour la SSR consiste à gérer des recettes graduellement à la baisse (le volume total généré pour la SSR par la redevance n’augmentera pas, alors que les volumes publicitaires sont à la baisse en 2012), à optimiser les moyens donnés pour ses principaux médias (la SSR s’est séparée de la radio WRS cette année, d’autres supports pourraient être examinés au cours des prochains mois) et à diminuer ses charges structurelles pour éviter de devoir présenter une perte dans ses comptes (résultat de -117 Mio en 2012 en raison des pertes enregistrées sur sa caisse de pension). A ce sujet, le conseil d'administration de l'entreprise vient de décider de relever l'âge ordinaire de la retraite pour les cadres de 62 à 65 ans (des collaborateurs seront autorisés à travailler pour la SSR jusqu’à 70 ans).

Quant à la prochaine bataille pour la SSR, elle pourrait consister à conserver... son modèle. La nouvelle initiative que veut lancer Suisse Solidaire prévoit que la radio et la télévision assurent leur propre financement, sans redevance obligatoire de réception. Elle porterait un autre coup dur à la SSR, en interdisant à tout diffuseur d'obtenir plus d'une concession.

Publigroupe – Une stratégie qui se clarifie... enfin presque

Alors que le groupe continue d’avoir de grosses difficultés sur son marché intérieur (arrêt des contrats exclusifs avec « Le Temps » pour fin 2013 et de celui de la « NZZ » pour fin 2014, licenciements programmés chez Media Sales), le groupe détient quelques pépites qui portent la croissance potentielle de Publigroupe.

Zanox (détenu en association avec Axel Springer) continue de dégager des marges conséquentes en plus d’annoncer le rachat de Digital Window, une société internet anglaise florissante. Xentive, fournisseur de services de processus d’entreprise externalisés, était initialement détenu à 100% par Publigroupe qui décide maintenant de se séparer de 51% de ses parts et de les céder à l’américain Mediaspectrum. Cette opération est financièrement intéressante.

Sur le plan suisse, la société passe à l’offensive ! En 2011, Cinecom avait perdu les mandats des fenêtres publicitaires suisses des chaînes tv de Sat1, Kabel1 et 3+ au profit de Goldbach. Après avoir stoppé l’activité de régie publicitaire TV, l’appétit revient pour ce secteur car Publigroupe s’occupe depuis quelques semaines de la régie publicitaire de la nouvelle chaîne alémanique S1 (le groupe s’intéresse à d’autres opportunités sur ce segment de marché).

Quant au cinéma, où Publigroupe est présent en Suisse, Cinecom (l'entité régie cinéma-tv de Publigroupe) subit les assauts d'un concurrent allemand depuis quelques mois. Une concurrence qui commence à prendre des parts de marché à Cinecom tout en dynamisant l'attrait du cinéma pour les annonceurs (les investissemeents publicitaires dans le cinéma ont progressé de + 6 Mio à 30 Mio en 2012).

Dans sa réflexion stratégique, Publigroupe affirme que le marché du print va poursuivre son déclin alors que le numérique va gagner en pertinence, ce qui se concrétise par la réflexion suivante du CEO : «L'objectif ultime est d'implémenter un outil qui permette de planifier les espaces publicitaires dans toutes les catégories (print, en ligne, mobile) et dans un nombre aussi élevé que possible de combinaisons. Une plateforme haute performance de gestion des données est donc indispensable pour proposer une telle solution. »

Les éditeurs en pleine réorganisation de portefeuille

Les rapprochements entre acteurs vont s’intensifier à l’avenir et plusieurs dossiers sont actuellement sur la table des négociations, sans tabou.

En ce qui concerne le dossier « Le Temps », si la NZZ et Jean-Claude Biver ont renoncé à ce projet et que la proposition de MBO a été rejetée par les deux principaux actionnaires, il est clair que le quotidien romand intéresse quelques personnes au sein de Ringier (afin de mutualiser une partie des activités avec « L’Hebdo »). Un homme de presse comme Jacques Pilet, membre de la direction de Ringier, est doté du savoir-faire pour piloter ce genre de projet, puisqu'il est le créateur du newsmagazine "L'Hebdo" et du "Nouveau Quotidien", ancêtre du « Temps » (« Le Nouveau Quotidien » a fusionné avec « Le Journal de Genève » pour créer « Le Temps »).

Un autre homme qui aurait la capacité de jouer un rôle déterminant dans ce dossier, c'est Pierre Lamunière. La vente de ses actions dans Tamedia pour près de 26 Mio a fait spéculer le petit milieu médiatique romand. Lamunière va-t-il racheter "Le Temps" avec la vente de ses actions ? Il en a la capacité, connaît par coeur les rouages de ce journal (il en a été fondateur et administrateur), mais la vraie question est plutôt celle de son envie de reprendre et développer un média comme "Le Temps" (Edipresse continue d'avoir des projets immobiliers importants) ?

Quant au projet de « L’agefi », il fait du sens sur le plan industriel et semble correspondre à la plupart des critères définis pour la reprise du « Temps ». Ces derniers viennent toutefois d'indiquer qu'ils trouvent le prix demandé par Tamedia et Ringier trop élevé

Du côté de Tamedia, après avoir réorganisé le management romand, s'être préparé à des changements au sein de son conseil d'administration et conquis l’impression future de « La Liberté » sur ses rotatives, le nouveau gros dossier du moment pourrait s'appeler Hersant (à travers une prise de participation au sein du groupe ESH Medias). La rumeur est apparue ces dernières semaines alors que Philippe Hersant, le propriétaire du groupe ESH, connaît des difficultés en France. Son groupe est solidement ancré en Romandie, avec un beau chiffre d’affaires (plus de 80 millions en 2012) et des marges correctes pour ce secteur. Des synergies sur le plan éditorial et industriel sont évidentes entre ESH et Tamedia, ce qui en fait une proie intéressante.

Tamedia connaît bien « Le Nouvelliste », l'un des titres ESH, puisqu'Edipresse était actionnaire du titre pendant de nombreuses années. Reste la barrière de la Comco pour Tamedia, ce qui explique que le groupe zurichois souhaite vendre sa participation dans « Le Temps » afin de pouvoir se donner un peu d’oxygène sur un dossier comme celui de ESH. Affaire à suivre…

ESH Médias vient de faire une première acquisition d'importance dans le monde digital, il s'agit de la plateforme RealDeals, une copie régionale de Groupon ou de Deindeal. 

Quant à Ringier en Romandie, les nouvelles formules de « L’illustré », de « L’Hebdo » ou de « Edelweiss » sont réalisées, ou en cours de réalisation, pour les prochaines semaines, mais c’est le lancement de « Côté Nature » (le pendant romand du succès alémanique du groupe « Landliebe »), qui occupe les esprits ainsi que la recherche de pistes de développement pour la TV et le digital.

Toutefois, pour tous les grands groupes de médias en Suisse, c’est du côté du digital ou de la TV que l’avenir se construit. Des étapes concrètes ont été réalisées à travers l’investissement de quelques millions de Peter Wanner dans le site d'investigation « Watson », le futur lancement d’un clone de Buzzfeed par un éditeur alémanique ou encore l'annonce du lancement d'une nouvelle chaîne TV en Suisse alémanique, TV24.

Ralph Büchi, le patron d'Axel Springer, présent à Zürich et Berlin, ne dit pas autre chose concernant son propre groupe qui vient de racheter la chaîne d'information N24 afin de faire une grande newsroom avec le journal "Die Welt". Axel Springer a acheter aussi une newsletter locale, My little Paris, et en Suisse, le digital devrait prendre encore de l'importance. 

Les grands groupes médias suisses créent chacun un modèle propre, en s'inspirant ou non de ce qui se fait à l'étranger. On refait un bilan dans 2 ans ?

La 2e partie de ce dossier aborde la vision des producteurs pour les nouveaux médias

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