L’automobiliste veut du gros, mais écolo

Souvenez-vous fin 2014: les Suisses ont découvert horrifiés que leur fabricant de voitures préféré trichait. Volkswagen a manipulé les résultats des émissions polluantes de ses véhicules diesel, afin de passer haut la main les contrôles d’homologation. Un logiciel embarqué était à même de reconnaître que la voiture était en phase de test et de régler le moteur de sorte à peu polluer. Mais en conditions réelles, sur route donc, les mesures se sont révélées jusqu’à 25 fois supérieures à celles obtenues en laboratoire. 

Les connaisseurs de la galaxie automobile ne s’étonnent plus. Le scandale ne concerne pas seulement la voiture du peuple, mais bon nombre de modèles d’autres constructeurs. Savons-nous réellement ce que consomme notre voiture et combien elle pollue? Nous sommes obligés de nous fier aux déclarations des fabricants. 

Puissant ou écologique?

Mais construire une voiture lourde, puissante, climatisée, bourrée d’électronique et consommant très peu de carburant, c’est très difficile. Le consommateur veut du gros, mais écolo. La Commission européenne elle-même a autorisé un coefficient de dépassement des normes jusqu’à 1,5 fois, à l’horizon 2023. En d’autres termes, un vrai permis de polluer. 

A la suite du scandale Volkswagen, Ségolène Royal, ministre française de l’Ecologie, a commandé des tests à un laboratoire indépendant. Le but: connaître les émissions polluantes réelles des voitures circulant dans l’Hexagone. Les résultats concernant 52 véhicules viennent d’être rendus publics. La bonne nouvelle: pas trace de logiciel truqueur. La mauvaise: un grand nombre de voitures dépassent la norme Euro 6 en vigueur, que ce soit pour l’oxyde d’azote ou le CO2. Pour ce dernier, les trois quarts des véhicules présentent des émissions supérieures de 20 à 50% aux déclarations des constructeurs. 

Et Volkswagen dans tout ça? Plutôt bon élève, bien placé dans à peu près tous les tests. Menteur, mais pas forcément plus pollueur. Pourquoi la firme allemande a-t-elle triché? Volkswagen tentait alors de pénétrer le marché états-unien avec un moteur appelé «clean diesel». Mais certaines normes antipollution étant plus strictes qu’en Europe, le constructeur a mis en place de subtils systèmes de dépollution. Gérés par ce fameux logiciel embarqué. Et c’est là qu’il y a tromperie.

D’un côté, l’industrie automobile, de l’autre des pouvoirs publics face à un problème majeur de santé publique. Et au milieu, il y a nous, les consommateurs. Il nous revient d’imposer des investigations en conditions réelles. Ou de changer de voiture. La Suisse pourrait s’inspirer du gouvernement français qui propose en cas d’achat d’une voiture électrique, en remplacement d’un diesel ancien, une prime allant jusqu’à 10 000 euros.

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